L'Europe littéraire, 22 août
2. Planche dêfeudit aussi le roman dans la Revue le 15 août 1833, il en lit un grand éloge. Je pense que les pages de Musset que l'on a lues plus haut, devaient priiniliveinent former un article, confié ensuite, vu le bruit qui s'était fait autour de Musset et Sand, à Planche.
388 FRANÇOIS BULpZ ET SES AMIS.
Planche avait d'ailleurs déploré la publicité donnée à cette liaison nouvelle. « Chacun de nous (les amis) pense qu'un aveu de ce genre, encourant les chances de publicité, peut porter un préjudice irréparable à l'avenir de George... » Alors? « Pour prévenir, autant qu'il est en nous, les conséquences de cette démarche, un de mes amis et moi, nous chargeons des deux insulteurs qui ont paru jusqu'à ce jour, Léon Gozlan et Capo de Feuillide.... »
Le parti que prenait Planche : se battre pour éviter le scandale, semble médiocre... Un scrupule le saisit. Après avoir tonné un soir contre toute cette publicité, il a peur qu'on ne l'accuse de prendre trop à cœur « l'honneur de George », et le lendemain, il écrit à Sainte-Beuve : « Promettez-moi, mon cher ami, de ne parler à personne absolument, des paroles hautes et dures que j'ai prononcées hier soir devant vous.
» Si j'avais pour G. S. autre chose qu'une intense amitié, ma conduite d'hier serait une grossièreté : j'aurais l'air d'user d'un droit, comme un homme brutal, sans éducation. Ce droit, je ne l'ai pas, je ne suis que ridicule, mais le monde n'est pas obligé de savoir la vérité, et ne s'.en soucie guère.
» Notre amitié et la loyauté de votre caractère, me font espérer que a^ous ne tromperez pas mon attente, et que vous serez discret. »
De son coté Musset, mécontent de s'être laissé
devancer, ot niécoiileut de lui-même, après une conversation à la Revue, écrit le lendemain au directeur :
Mon cher Buloz, J'apprends que G. Planche et M. E. Regnault ont provoque hier M. Gapo de Feuillide, et Tun des rédacteurs du Figaro. Lorsque vous m'avez parlé de l'article qui a donné lieu à cette afï'aire j'ignorais complètement que vous fussiez instruit de mes relations avec madame Sand. J'espère que la manière un peu trop légère dont vous m'avez vu traiter cet article, vous paraîtra toute simple de ma part, et que si, maintenant ou plus tard, on vous adressait quelques questions à ce sujet, vous voudriez bien répondre que mon intention était de me battre, et que j'ai été prévenu. Si vous voulez me rendre service, vous ajouterez même que je regarderais comme une insulte, aussi grave pour madame Sand que pour moi, qu'on parût douter de ma détermination à cet égard, et qu'il me serait impossible de le souffrir, quelle que fût la personne qui le soutiendrait. A vous de cœur,
ALFRED DE MUSSET*
En vérité, cette histoire est épique. Elle transforma en haine l'animosité de Musset pour Planche, haine d'où sont nés ces quatre vers atroces :
Par propreté laissons à l'aise Mordre.cct aiiiiiial rampant, En croyant frapper un serpent N'écrasons pas une punaise!
1. Inédite. — La lettre porte en première page cette seule date : 1833.
Et Planche se battit avec Capo de Feuillide. D'ailleurs ce duel, — où F. Buloz fut l'un des témoins (assistant Planche), — ne fît pas couler de sang, il fit plutôt naître des chansons.
Voici une complainte, que l'on connaît sans doute, mais qui doit, malgré cela, trouver sa place ici, car elle résume de façon plaisante toute cette ridicule aventure. Elle est intitulée :
COMPLAINTE i
Historique et véritable Sur le fameux duel qui a eu lieu
Entre plusieurs
Hommes de plume, Très inconnus dans Paris, à roccasion
D'un livre Dont il a été beaucoup parlé
De différentes manières Ainsi qu'il est relaté dans la
Présente complainte.
Air de la complainte du Maréchal de Saxe
Monsieur Capot de Feuillide Ayant insulté Lélia, Monsieur Planche, ce jour-là, S'éveilla fort intrépide, Et fit preuve de valeur Entre midi et une heure!
1, Faut-il dire que cette gaminerie, que G. Sand avait attribuée d'abord à la collaboration de Vigny et de- Brizeux, est de Musset? Cette complainte a été publiée pour la première fois dans la Véritable Histoire d'Elle et Lui de M. S. de Lovenjoul. Galmann Lévy, 181)7.
Il écrivit une lettre,
Dans un français très correct,
Se plaignant que sans respect.
On osât 1(! méconnaître;
Et, plein d'indignation,
Il passa sou pantalon.
Ijuloz, dedans sa chambrette, Sommeillait innocemment.
Il s'éveille incontinent, Et bâilla d'un air fort bête, Lorsque Planche entra soudain, Un vieux journal à la main.
Il avait trouvé en route Monsieur Regnault tout crotté *; Après l'avoir consulté, Comme il n'y comprenait goutte, Il l'avait pris sous le bras, Pour se sortir d'embarras.
Ayant écouté l'afTaire,
Buloz dit : « En vérité,
Ne soyez pas irrité
Si je ne vous comprends guère;
C'est que j'ai l'esprit très lourd,
Et que je suis un peu sourd. »
Alors Planche, tout en nage,
Leur dit : « C'est pourtant très clair
A VEiirope liltéraii'.
On doute de mon courage;
Afin de le leur prouver.
Je suis venu vous trouver. •
1. Emile Regnault, un ami de Balzac et de Jules Sandeau, (Noie de M. de Lovenjoul.)
Ils allèrent chez Lepage
Pour chercher des pistolets;
Maison leur dit qu'il fallait
Mettre cent écus en gage.
Alors Buloz prudemment,
Dit : « Nous n'avons pas d'argent ».
Ils prirent le& Dames Blanches * Pour s'en aller à Meudon Acheter des mirlitons, Afin que Gustave Planche Pût faire baisser le ton A Messieurs du Feuilleton.
L'ennemi se fit attendre Jusqu'à quatre heures un quart, Ce qui fut canulant, car Buloz brûlait de se rendre Chez madame Dudevant, Qu'il aimait passionn'ment.
Enfin, dans un beau carrosse, Par deux beaux chevaux tiré, Feuillide parut, paré Comme pour un jour de noce; De plus, Lautour Mézeray Et deux petits pistolets.
Alors les témoins, tous quatre Devant donner le signal.
Retardent l'instant fatal Où l'yn allait voir combattre Ces deux grands littérateurs, G'qui faisait frémir d'horreur.