Gazette des Tribunaux, 3 juillet
Voyez vous-même, et jugez ce qui sera le plus convenable, je ne conserverai de celte bagatelle qu'un vif regret de la contrariété qu'elle cause à M. Rousset. Veuillez le lui témoigner, Monsieur, et agréer Tassurance de ma haute considération.
ALFRED DE VIGNY
Alfred de Vigny fut l'ami de la belle famille de F. Buloz. Henri Blaze, beau-frère du directeur de la Revue, avait, disait-il, appris à lire Shakespeare sur les genoux du poète; Blaze l'aimait, mais il n'eut jamais, malgré leurs relations anciennes, aucune intimité avec lui ; il déclarait ne l'avoir jamais vu prendre un repas chez lui : « il murait sa vie ». « Personne, a dit encore Jules Sandeau en parlant du poète, n'a vécu dans sa familiarité, pas même lui. »
Vigny, travaillant la nuit, sortait à l'aube. Lorsqu'il arrivait à la Revue dans son manteau romantique, ce solitaire faisait sensation, car il fut « un des derniers à porter cette romanesque draperie ». Paul de Molènes a prononcé sur ce manteau les paroles les plus charmantes : « Monsieur de Vigny, a-t-il dit, porte un manteau pour cacher ses ailes ! »
On a écrit, parlant des relations de F. Buloz et du poète : « Ces deux natures, en dépit de leurs incompatibilités de surface, finissaient toujours par s'entendre... grâce à la médiation de Planche. »