‹ François Buloz et ses amisChapitre 192 sur 212 · septembre · texte numérisé non relu

septembre

bien gagntS et pourvu que vous n'y passiez qu'un jour ou deux, que vous y trouviez bonne lable, et bon lit, et bonne compagnie, je pardonne au gouvernement cet acte de justice, le premier peut-être qu'il ait fait.

Vous devez avoir reçu ma Lettre sur Tltalie, l'avezvous insérée? Envoyez-moi donc le numéro du 15... Je vais avoir besoin d'une certaine somme pour me remettre en route, non pour l'Italie, mais, je crois, pour la Suède. Je vous recommanderai mon fils, je vous confierai mes papiers, et bonsoir, Buloz. Si je meurs en chemin, vous me ferez dire des messes magnifiques, avec la vente de mes mémoires. Messes en musique, entendez-vous? et ne lésinez pas sur les violons.

Adieu, vieux Buloz, restez, quoi quon die^ fidèle au souvenir de votre ami.

GEORGE

Puis le 22 septembre :

Mon vieux Buloz, j'ai reçu Jacques qui est très bien exécuté... Je serai à Paris vers le 3, sans un sou, mais avec du manuscrit, entendez-vous? Bonsoir, mon vieux, Maurice vous embrasse, et je vous donne une brave poignée de main.

GEORGE

Vous n'avez rien changé à ma Lettre sur Venise, ôtes-vous bien sur que si elle Combe sous les yeux de M. de Lamennais, elle ne le fâchera pas? J'y traite peut-être un peu lestemeut, non sa personne, Dieu m'en préserve, mais sa mission. Je vous ai fait juge : s'il m'en veut, ce sera votre faute.

On voit le ton. Il n'est pas celui d'une désespérée. Enfin en octobre, Lélia revoit Cœlio, et

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de nouveau, les voilà amants. Cette fois, ce sont les orages déchaînés, les reproches, les aveux, les supplices. C'est à cette heure qu'elle lui écrit, le « lendemain du bonheur rêvé » :

c( Si je suis galante et perfide, comme tu semblés me le dire, pourquoi t'acharnes-tu à me reprendre et à me garder? Je ne voulais plus aimer, j'avais trop souffert », etc.

Et lui : ce Le bonheur, le bonheur et la mort après, la mort avec. Oui, tu me pardonnes, tu m'aimes », etc.

Encore : « Je t'aime, je t'aime, je t'aime, adieu, ô mon George. C'est donc ainsi pourtant... Adieu. Toi, toi, toi, ne te moque pas d'un pauvre homme. »

C'est du délire, et il y aura encore une rupture, mais avant cette rupture, les scènes vont se multipliant; F. Buloz en est souvent le confident, et quelquefois le spectateur. Ainsi il note, sur une lettre de G. Sand (du 24 novembre) :

« Elle avoue tout, tristement, en se jetant aux genoux d'Alfred et s'écriant : « Pardonne-moi ! »

» Brouille avec Al..., affaire Pagello. Confession de Tattet à Al... K Scènes terribles.

» Chez Dorval 17 décembre :

» — Croyez-vous à Dieu? — Je crois à Buioz.

1. « Lorsque les amants de Venise furent rentrés en France et que, à hi suite d'un article injurieux de Gust. Planche, Musset l'ut sur le point de se battre en duel pour G. Sand, Tattet n'hésita pas à lui raconter ce qu'il avait appris à Paris de la bouche même de Pagello. » {A. de Musset, Séché, t. I, p. 101.)

» Répit momentané. »

C'est, ce répit momentané, la fuite à Nohant, — la seconde fuite depuis le retour d'Italie, — Musset était déjà parti, lui, réfugié chez des parents à Montbard. Pour cette fuite, « George », comme l'appelle toujours F. Buloz, demande au directeur de la Revue son aide, car, bien entendu, elle n'a pas un sou, etc. « Gardez-moi le secret de cette nouvelle tentative de séparation, lui écrit-elle, aidez-moi à réussir cette fois; si je n'avais pas d'argent, il n'y aurait pas moyen. Envoyez chez moi avant midi, je vous en supplie. Je n'ai pas besoin de vous recommander le secret d'ici à demain... »

Mais la fugitive ne s'éloigne pas longtemps cette fois; la voici revenue, et à son tour, éperdue d'amour. C'est à cette époque que se rapportent les lignes suivantes (notes de F. Buloz) : « Alfred revient — portrait chez Delacroix. — Scène nouvelle avec Alfred le soir. »

Ce sont les débuts des tentatives qu'elle fera pendant deux mois et demi, pour reprendre Musset, qui, à son tour, se dérobe, car il n'en peut plus. C'est aussi le moment où elle écrit ce fameux journal, soi-disant inédit, et que tous les écrivains depuis trente ans ont pillé. Magnifique journal d'une nouvelle Marianna Alcaforado, plus vivante, plus terrible encore que la première. Ce sont d'orageuses périodes : bonnes périodes romantiques, avec tous les accessoires de l'époque :

imprécations, rugissements d'amour, ruisseaux de larmes, nuits passées devant la porte de l'amant, chevelure coupée pour lui — et l'indispensable crâne romantique. — F. Buloz note : « Achat d'une tête de mort pour enfermer la dernière lettre d'Alf.y et de nouveaux pleurs chez moi le 13 novembre; Sainte-Beuve s'interpose entre G. et A. ».

L'achat de ce crâne, coffret macabre, n'est-il pas une chose étonnante ? Quel dessin de Gélestin Nanteuil pourrait illustrer assez magnifiquement ce geste de l'amante éperdue, enfermant la dernière lettre de l'amant dans une tête de mort! et qui dira jamais le rôle triomphant que joua, en France, le crâne humain de 1820 à 1848?

Les notes qu'on a lues soift écrites au dos d'une lettre de George. Cette lettre porte aussi cette remarque : « 29 novembre 1834. Les dîners chez Pinson à la suite de la rupture avec A. de Musset », et la lettre : « Venez me voir tantôt, mon ami. Je tâcherai que vos placards soient corrigés, et nous irons dîner avec mes enfants chez Pinson, à cinquante centimes par tête^ »

Enfin, en janvier, elle réussit à reprendre

1. Voici une seconde lettre de George où elle donne rendezvous encore à F. Buloz chez Pinson :

« Mon cher Buloz, renvoyez-moi donc mes revues, sacrebleu ! quelle tête que la vôtre! C'est la vivante image de la Revue des Deux Mondesl on croit qu'il y a quelque chose dedans et précisément il n'y a rien ! Et mon argent, bourreau ! ! A ce soir chez Pinson. »

Musset, et l'annonce triomphalement à A. Tattet, qu'elle n'aime guère, car il est depuis longtemps partisan de la séparation définitive : «Monsieur, il y a des opérations chirurgicales fort hien faites, et qui font honneur à l'habileté du chirurgien, mais qui n'empêchent pas la maladie de revenir... »

La maladie cette fois, et vraiment c'en était une, et terrible, ne dura que deux mois : en mars tout était fini. F. Buloz le note sur les lettres de George : « 11 mars 1835, sa séparation nouvelle avec A. de Musset. » Voici la première de ces lettres, qui est de Nohant :

« Mon cher ami, je suis arrivée en bonne santé, je suis triste, mais calme. Je travaille. Dans cinq ou six jours vous aurez une nouvelle appelée MawpratK.. Payez mes dettes, je vous prie, et donnez-moi surtout des nouvelles d'Alfred. Faitesm'en donner par Guéroult aussi. Ayez soin de mes enfants. Je vous les recommmande. Vous avez été déjà bien bon pour eux, soyez-le encore. Adieu, mon ami. Si on parle de moi autour de vous, dites bien que je ne suis pas brouillée avec Alf., surtout qu'il n'a pas de torts envers moi... »

Visiblement, cette pensée des torts qu'on pourrait imputer à Alfred la préoccupe, — et aussi la santé du poète. Comment aura-t-il pris la nouvelle de sa fuite? Eh bien, il s'est soumis, comme un homme qui est à bout.

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