Inédite
On le voit, aucune rancune de la part de Vigny concernant l'épisode de Chatterton : du moins en ce qui regardait F. Buloz; une grande tendresse, il faut le remarquer en passant, pour Sainte-Beuve, une grande admiration pour Volupté, toujours.
Dans cette correspondance, si l'on voulait pousser à l'extrême la recherche des mésintelligences qui ont pu naître encore, mais qui, je le répète, furent légères, peut-être les trouverait-on dans le désir affectueux que le poète avait de pousser à la Revue des collaborateurs amis, dont F. Buloz n'estimait pas le talent. De là, les visites de Vigny au directeur, continuellement absent dans ces circonstances, les lettres du poète restant sans réponse, etc. Il faut relire à ce sujet, dans le livre de M. E. Dupuy, le passage concernant la poésie d'Antoni Deschamps : Le retour à Paris. On verra avec quelle insistance « le bon Antoni », recourait à l'intervention de Vigny, ce Je ne vous cache pas, écrivait alors F. Buloz à celui-ci, que je lui en veux de se servir de votre amitié pour me forcer la main, car je répugne d'insérer ses vers. » Il n'inséra d'ailleurs qu'une note.
Les lettres suivantes traitent des mêmes questions, Vigny demande une réponse pour son ami M. de La Grange \
1. Ed. de La Grange, ancien officier, ancien diplomate, ami de Lamartine et Vigny.
« Je voudrais savoir de vous si vous insérez les deux articles de La Grange, avant de lui répondre, mon cher monsieur Buloz. J'attendais un mot de M. Bonnaire à ce sujet... ».
Puis, pour activer cette réponse qui ne vient pas :
Il y a longtemps aussi que vous vous en tenez tous deux à Tintention, de m'envoyer le projet de traité en question. Je vous préviens qu'on me presse beaucoup d'un autre côté, et qu'il me faudra répondre.
Mille compliments empressés,
ALFRED DE VIGNY
Mais F. Buloz n'est pas enchanté des articles de M. de La Grange, d'autre part il ne veut pas blesser Vigny dans son amitié; il propose, ce qu'il propose toujours en pareil cas, de publier le morceau dans la Revue de Paris, qu'il dirige aussi à cette époque, et qu'il fait passer en seconde ligne... Mais Vigny :
Je ne crois pas que vous puissiez, sans le consentement de M. de La Grange, insérer ses articles dans une autre Revue que celle des Deux Mondes à laquelle il les a destinés. Il me semble que vous pouvez retarder jusqu'à ce que j'en aie écrit à Ed. de La Grange.
Je ne comprends pas d'ailleurs quels peuvent être vos scrupules. Lequel des hommes vivants peut croire le plus gros de ses livres d'une valeur plus grande, que celle des plus petits billets de ces grands morts, Rousseau et Voltaire?
La lettre de Jean-Jacques au pasteur Vernes est pleine d'âme et de bonté chaleureuse. Croyez-moi, cela ne peut faire tort à la grave Revue des Deux Mondes.
Mille compliments,
ALFRED DE VIGNY '
L'article contenant les lettres de Rousseau et de Voltaire au pasteur Vernes, parut dans la Revue de Paris ^.
Ces lettres sont d'ailleurs intéressantes; elles appartenaient à la collection du docteur Coindet de Genève; quelques-unes étaient inédites. C'est au pasteur Vernes que Voltaire écrivait :
« Il y a, comme vous savez, plusieurs sortes de fanatisme, celui de Poltrot de Méré, de Châtel, de Ravaillac, celui des juges qui firent brûler le conseiller Dubourg et le médecin Servet, celui de François d'Assise qui se faisait une femme de neige, celui de saint Antoine de Padoue qui prêchait les poissons, celui des faquirs de l'Inde et des brachmanes, qui ont assurément la morale la plus pure et la plus sainte, mais qui la déshonorent par leurs folies. »
Et le philosophe écrit encore ceci au pasteur :
« La morale est la même d'un bout de l'univers à l'autre; elle vient de Dieu, les simagrées viennent des hommes », etc.
L'année suivante c'est pour une dame, madame