‹ François Buloz et ses amisChapitre 29 sur 212 · Paléologue : A. de Vigny · texte numérisé non relu

Paléologue : A. de Vigny

î)2 FRANÇOIS BULOZ ET SES AMIS.

m'ont fait quitter le midi de la France où je travaillais paisiblement, "comme en effet je vous l'écrivais, je crois*. On me fait fête ici. Les soirées y sont continuelles et brillantes, et vous savez que c'est le temps 011 le mouvement commence. C'est toujours la vie aux flambeaux d'ailleurs, car la nuit ne cesse guère, tant le brouillard et la fumée sont amoureusement entrelacés.

Le jour n'est pas plus obscur sous le 70" degré de latitude, où n'est plus, j'espère, Marmier, avec mon cousin. J'ai un peu de calme en ce moment-ci parce qu'il n'y a plus autour de moi que six enfants blonds qui parlent; je puis écrire, il y en a neuf ordinairement, mais si jolis que je n'entends pas leur bruit. 11 est bien vrai que tout ce voyage m'interrompt dans mes écrits, mais qu'y faire? On ne compose pas sa vie comme un roman. Il y a un moment où Ton perd ses parents de tous côtés, où il faut se mettre à la tête de ses affaires et dire comme mon cher Sainte-Beuve : Adieu, loisir] Cependant je vais bientôtrevenir m'enfermera Paris, j'espère. Je reçofs seulement à présent votre lettre du 10 décembre. Grâce à un mot que vous aviez mis sur l'enveloppe, un colonel anglais qui passe par Londres pour aller à Calcutta, me l'a apportée, et ses nièces ne lui ont donné que celle-là des lettres de Paris que jamais on ne m'envoie comme vous pensez. Ce serait trop de chemin pour des billets d'invitation à dîner, etc. Je suis heureux que vous ayez eu cette bonne pensée qui fait qu'enfin je sais ce que vous m'écrivez. Je

1. Le 10 décembre, il écrivait à P. Busoni : « Vous parliez aussi de mes travaux? Le moyen de les achever s'il vous plaît? Ji? m'y étais mis à la campagne, et des affaires m'ont appelé à Londres où me voilà en plein luxe et en plein brouillard. •

LES PREMIERS COLLABORATEURS. b3

VOUS remercie de vos offres de service * et de vos nouveaux témoignages d'une amitié dont je ne veux jamais douter. Oui, nous aurons beaucoup à dire pour le Théûtre Français. Il a assez mal entendu ses intérêts véritables jusqu'ici. J'espère que votre main s'y fera sentir un peu fortement, La place que vous occupez est très élastique et peut être tout ou rien selon votre vouloir. Il faut de nouvelles œuvres, et certainement il en viendra; croyez-vous qu'il soit possible de m'envoyer ici des épreuves comme vous me le proposez? Indiquez-moi votre manière, et si mon séjour à Londres se prolonge, j'aurai quelque chose à vous faire passer... Quel est donc s'il vous plaît ce nom que j'ai appcrçu {sic) à la place du vôtre, au bas de la Reviie'î Je ne sais plus rien. Je n'ai pas ouvert un journal depuis quatre mois. Je voudrais savoir si le Théâtre Français monte quelque nouvel ouvrage? Voici mon adresse, faites-en vite usage, je vous en prie, pour me dire de vos nouvelles, serrez la main de ma part à ceux de mes amis qui m'aiment, et croyez-moi tout à vous,

ALFRED DE VIGNY

P.'S. — Parmi soixante lettres que j'ai trouvées à Paris, il y en avait une de cette bonne petite madame St... qui se plaignait timidement de votre oubli. Une honnête et malheureuse personne qui a du talent, que voulez-vous de mieux? Ne m'enverrezvous pas de livres?

Écrivez bien cette adresse si vous voulez qu'elle

\. F. Buloz venait d'être nommé Commissaire royal à la Comédie Frangaise, et avait demandé à A. de Vigny des œuvres dramatiques pour la scène de la rue de Richelieu.

î)4 FRANÇOIS BULOZ ET SES AMIS.

arrive, mettez sur l'enveloppe par Boulogne. Si je suis à la campagne on me Tenverra.

42 York Street, Portman Square *.

En 1839, Sainte-Beuve écrivait aux Juste Olivier: «De Vigny revient d'Angleterre où il va souvent, il a hérité de son beau-père une fortune dans rinde : être riche, cela lui sied, et réjouit ses amis. Sa poésie d'ivoire y gagnera. Un peu d'or au pied de l'albâtre. » On sait qu'A, de Vigny avait épousé une Anglaise. On raconte que son beau-père, M. Bunbury, dinant à l'ambassade de France à Florence avec Lamartine, alors secrétaire, dit à ce dernier: « Mon gendre est aussi un célèbre poète français. » On lui demanda le nom de ce gendre, mais il ne s'en souvint pas. On cita alors plusieurs noms de poètes, mais à chacun d'eux, M. Bunbur}^ disait : « Non, non, ce n'est pas cela! » A la fin, Vigny fut cité et le beau-père alors- : « Oui, je crois que c'est cela... »

En 1843, A. de Vigny, qui se « recueillait » depuis longtemps, publia dans la Reçue quatre de ses poèmes philosophiques : le Sauvage, la Mort du Loup, la Flûte, et le Mont des Oliviers. Avant de donner la Maison du Beryer qui parut l'année suivante, il confiait à son ami, E. de La Grange : « Je fais d'autres poèmes encore, mais

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