‹ François Buloz et ses amisChapitre 3 sur 212 · SAINT-RENÉ TAILLANDIER · texte numérisé non relu

SAINT-RENÉ TAILLANDIER

Sur les confins extrêmes de la Haute-Savoie, pas encore en Suisse, presque plus en France, dans un des replis du Grand Salève, le village de Vulbens est blotti. Ses maisons, échelonnées irrégulièrement à flanc de coteau, sont inégales, basses, et coiffées^e grands toits larges, semblables aux bonnets tuyautés qui coiffent les vieilles du pays. Au centre du village, en face du presbytère actuel, dans une de ces maisons entourées de prairies, François Buloz naquit le troisième jour complémentaire, an XI de la République (20 septembre 1803). Ses parents étaient

de fortune médiocre S ils avaient sept enfants, et vivaient chichement quand François vint au monde : le huitième.

Lorsqu'il eut dix ans son père mourut et Antoine, le frère aîné, qui était à Paris, quittant l'Ecole Normale, fît venir le cadet et l'interna dans une petite pension de la rue des Ecoles, d'où l'on conduisait les pensionnaires deux fois par jour à Louis-le-Grand. Sur les années de François Buloz à Louis-le-Grand, nous n'avons que peu de détails; il y entra en cinquième, et ses débuts furent malheureux; le jour même de son entrée au Lycée, il fut éborgné par le coup de poing brutal d'un camarade, dont il ue voulut jamais dire le nom : ce tout petit Savoyard avait déjà une singulière énergie.

Il sortit du Lycée en 1821. Son rêve était d'entrer à l'École Normale, comme l'aîné". Mais il dut sacrifier ce rêve, car l'argent de la succession paternelle s'épuisait, et il lui aurait fallu deux ans d'études encore, des répétitions, et puis... vivre pendant ce temps. Alors il renonça à Normale, et tâcha de gagner sa vie. Il avait dix-sept ans, sept ans de Lycée, il avait fait de bonnes études, pas brillantes, mais solides. Il -savait beaucoup do clioses, mais ce n'est guère?

i. Ils avaient jadis fait profession d'horloger; un Frnnc.ois Buloz, prand-père du fondateur de la Revue, est qualiMé sur un acte de 1771, « maître horloger ». Voir à l'appeiidice A^.

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