‹ François Buloz et ses amisChapitre 31 sur 212 · Inédite, 11 septembre · texte numérisé non relu

Inédite, 11 septembre

que votre fille la Bévue soit délivrée, c'est celle du ThéAtrc Français, qui pouvait vous empêcher de lui donner tous vos soins.

Je ne puis juger des mérites de ces accessions nouvelles dont vous vous applaudissez, sans connaître les noms des écrivains éminents qui s'unissent à vous, dans une même et sage intention, mais je pense que le salut de la France sera le seul but de tous leurs efforts. Peut-être lerez-vous bien de laisser chacun entendre Tordre à sa manière, et apporter sa pensée libre et entière au faisceau que vous semblez vouloir grossir et resserrer à la fois. Pour la responsabilité de sa signature, chacun prêtera ses forces, comme l'a dit l'introduction dont vous parlez; ses forces seules seront comptées et adoptées, ses faiblesses seront oubliées.

Vous me parlez encore de la Seconde Consultation du D"" Noir, ce sera la troisième que vous aurez, car la seconde a été brûlée de ma main. Je m'en félicite aujourd'hui, car je me repentirais de l'avoir publiée.

Elle eût donné une autorité nouvelle à une idée séduisante mais dangereuse. Je me sentais emporté alors comme dans une pente rapide par mon imagination, et séduit par l'originalité de la fable et de là composition de cet ouvrage. Je m'arrêtai à temps, quoique peut-être à regret. La conscience l'emporta sur l'émotion de l'invention.

Ce fut un bon procédé de votre part que de comprendre mes scrupules, de vous y rendre, et de laisser de côté la publication de ce volume. N'en regrettez pas l'abandon, qui n'est qu'un retard, et ne vous repentez pas de cet acte de courtoisie et d'amitié de vous et de M. Bonnaire. Vous avez depuis imprimé bien d^utres choses de moi.

Je ne renonce pointa achever cette suite de Stello commencée et assez avancée; mais en ce moment de déchirements et de luttes, un roman philosophique comme Stello est une arme moins soudainement utile qu'une discussion directe sans autre forme que celle du discours. Je crois qu'il ne faudrait pas publier ce livre à présent, quand même il serait complet. Je vous ai promis de ne rien livrer de ce genre avant sa publication à aucun recueil, à aucun iournal, j'ai tenu parole, quoique souvent et bien vivement pressé.

Ce n'est pas du 24 février que date mon silence, et vous savez bien que c'est à la Revue seule que j'ai toujours donné toute idée que je croyais bonne à publier.

Plus que jamais j'ai dessein de le faire, et d'entrer dans vos vues. Je n'oublie pas plus que vous ne le faites, que l'un des premiers j'ai apporté ma pierre dans les fondations de cet édifice de la Revue. Dès que j'aurai écrit un nouveau travail qui pourra lui convenir, je vous l'enverrai et la suite de Stello ne tardera pas à paraître, si la santé de madame de Vigny continue à se raffermir comme j'en ai l'espoir.

Mille remercîments et mille amitiés,

ALFRED DE VIGNY

La maladie de madame de Vigny, après celle de sa mère, l'inquiétait : « Je lutte en vain contre la fatalité, disait-il à la fin de sa vie ; j'ai été gardemalade de ma pauvre mère, je l'ai été dé ma femme pendant trente ans, je le suis maintenant de moi-même ^ »

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