‹ François Buloz et ses amisChapitre 33 sur 212 · EDGAR QUINET · texte numérisé non relu

EDGAR QUINET

Je suis ici tout à côté de M. de Lamartine, chez qui je dois aller cette semaine. Si je peux vous faire

1. L'époque la plus intéressante de la correspondance de Quinet et de F. Buloz est celle de l'exil. Les lettres qui en font partie, toutes inédites, paraîtront dans le tome III de cet ouvrage.

envoyer quelque chose de lui, prose ou vers, je n'y manquerai pas.

Mille amitiés et remerciements à Sainte-Beuve pour sa trop aimable lettre.

En novembre 1831 F. Buloz publiait un travail de.Quinet* : De la Révolution et de la Philosophie. Voici une lettre dans laquelle le directeur réclame à Quinet un autre article : De i Allemagne et de la Révolution qui était entre les mains de Michelet, et dont Michelet refusait de se séparer.

Paris, le 18 novembre i831.

Mon cher Quinet,

Vous me dites de mettre la main à Tœuvre, de faire composer sur-le-champ votre Allemagne; je ne demande pas mieux, mais M. Michelet ne veut pas me la donner encore sans avoir reçu une nouvelle lettre de vous. Cependant la dernière que vous m'avez écrite était bien précise; je la lui ai montrée. Écrivez-lui donc de me remettre bientôt le manuscrit, car je voudrais qu'il parût dans la première quinzaine de décembre et d'une seule fois dans la Revue. L'article sur la Philosophie et la Révolution est tiré, et paraîtra à la fin du mois. Je vous envoie nos dernières livraisons. J'espère que vous en serez content; nous allons très bien. La Revue gagne tous les jours de l'influence et j'espère que votre article sur l'Allemagne ne contribuera pas peu à la maintenir dans cette voie. Nous lais-

1. C'est le second article de Quinet; le premier : De Vavenir des Belifjions parut dans le vol. III-IV, 1831 : la Revue des Deux Mondes.

sons derrière nous la Revue de Paris qui enrage ^ Mais quand reviendrez-vous à Paris? Vous ne me dites, rien là-dessus'^ Cependant je suis bien impatient de vous voir arriver.

Adieu, mon ami.

Tout à vous,

BULOZ

P.-S. — N'oubliez pas les vers de Lamartine ^ Vous tâcherez de ne pas garder trop longtemps les épreuves de votre Allemagne.

Il faut rappeler que Quinet alors commençait à voir clair; l'Allemagne de madame de Staël qu'il avait tant aimée, lui aussi, comme ses contemporains les Cousin et les Michelet, se révélait à lui sous un tout autre aspect. Une vue plus précise des choses, un contact plus étroit avec le pays qu'il visitait souvent, et dont il connaissait parfaitement la langue *, lui avait révélé l'évolution de cette Allemagne nouvelle. «L'enthousiasme du commencement de ce siècle, tant de fois trompé et flétri, s'est converti en fiel, écrivait-il, et l'Allemagne a retrouvé le sarcasme de Luther, pour railler ses propres rêves, et sa candeur passée ^ »

Page 1