‹ François Buloz et ses amisChapitre 34 sur 212 · Quinet était à Chnrolles, près Màcon (Saône-et-Loire · texte numérisé non relu

Quinet était à Chnrolles, près Màcon (Saône-et-Loire

3. Ce n'est qu'en janvier 1834 que Lamartine publia cette poésie tant demandée : A une jeune Arabe.

4. Il Tavait apprise pour sa traduction de l'ouvrage de Ilcrder : Idées sur la Philosophie de C Histoire de Vhunianité.

5. A la vérité cette révélation de la véritable Allemagne ne lui vint qu'à la suite d'une déception sentimentale, la rupture de ses fiançailles avec Minna More en 1831.

Quinet ne se contentait pas de révéler à la France un danger que notre trop loyale patrie ignorait encore; au cours de son article il blâmait hautement la politique du gouvernement de Juillet, qui tenait la France à l'écart de toute intervention généreuse, il écrivait : « La France n'est plus rien à l'Italie, plus rien à l'Espagne, plus rien aux Pays-Bas, plus rien à l'Allemagne. Les libertés qu'elle renie font leurs affaires sans elle, et se retournent contre elle... »; et encore : « trompée dans ses haines, trompée dans ses sympathies, la France vit entre deux mensonges », etc. On comprend que Michelet n'osât se dessaisir de ce travail, inquiétant à bien des points de vue.

Enfin l'article est remis au rédacteur en chef. Ainsi qu'à Michelet il lui semble vif, les amis de Quinet s'inquiètent aussi, et décident de demander à l'auteur certaines suppressions indispensables.

F Buloz lui écrit le 11 décembre 1831 :

... Il y a eu assemblée de vos amis pour lire votre travail. Lerminier, Janin et plusieurs autres de nos rédacteurs étaient présents ; tous ont été elTrayés de la violence de la fin, et ont été d'avis unanime d'ajourner, pour vous laisser le temps de la réflexion, craignant que vous ne compromissiez votre avenir, et que quelques parties, que je vais vous signaler, ne détruisent Teffet du tout.

Leurs critiques tombaient principalement sur Talinéa : Et puis encore, etc., sur Philippe Égalité,

et sur celui : Je me trompe pourtant^ qu'ils vous conjurent de supprimer en entier, ainsi que le dernier paragraphe : Mais que sert de continuer^ etc.

Je me joins à eux pour vous prier de faire ces suppressions; vous savez qu'une attaque mesurée porte toujours un coup plus terrible. Vos amis pensent que si vous étiez à Paris, où vous pourriez mieux juger de Tattiédissement de Topinion, vous n'hésiteriez pas à le faire. Je ne suis ici que pour Torgane. Michelet, qui a connu les mêmes craintes, a dû vous écrire dans ce sens.

Si donc vous me renvoyez à temps la fin de Farticle, avec ces changements, que Tamitié seule que je vous porte m'engage à vous demander, je ferai tirer sur-le-champ. Mais si vous tardez, il ne pourra paraître qu'à la fin du mois, et Lerminier surtout vous prie de l'ajourner à cette époque, afin que vous puissiez mieux peser le tout, lorsqu'il vous sera renvoyé corrigé.

Tout à vous,

BULOZ

Si l'article sur V Allemagne et la Révolution paraît aujourd'hui encore violent et, dans une certaine mesure, assez compromettant à publier, même pour un organe libéral, toute la partie concernant l'Allemagne est d'une haute portée.

« Nous qui sommes si bien préparés, écrit Quinet, pour savoir quelle puissance est aux idées, nous nous endormions, je ne sais comment, sur ce mouvement d'intelligence et de génie », et il devient prophétique lorsqu'il remarque : « ces idées se soulèvent en face de nous avec

toute la destinée d'une race d'hommes, et cette race elle-même se range sous la dictature d'un peuple, non pas plus éclairé qu'elle, mais plus avide, plus ardent, plus exigeant, plus dressé aux affaires ». Ce peuple, c'est la Prusse? Oui, et si on la laisse faire, l'Allemagne pousse la Prusse « lentement et par derrière au meurtre du vieux royaume de France ».

Ainsi prophétisait l'historien en 1831 ^

Edgar Quinet est un des premiers collaborateurs de la première Revue des Deux Mondes. En effet VEpopée des Bohèmes est d'août 1831; par la suite il donna à la Revue presque tous ses travaux d'histoire, de philosophie, de politique contemporaine, et quelques-unes de ses poésies.

Né à Bourg en 1803, il passa son enfance à l'armée du Rhin, son père étant commissaire des guerres sous la République. N'a-t-il pas écrit :

« France! tout petit enfant, j'ai suivi pieds nus à la pluie, plus loin que la frontière, du côté de Cologne, tes grands bataillons, et tes soldats m'ont pris dans leurs bras pour me faire toucher sans peur la crinière de leur cheval de guerre, etc. " »

Tour à tour traducteur de Herder, historien, poète, philosophe, Edg. Quinet fut un « voyageur dans le domaine des idées », et son cerveau

1. Depuis que j'ai écrit ces lignes, M. Paul Gautier a publié dans la Revue des Deux iMondes un article très complot et très documenté sur ce sujet : Vues prophétiques d'Edgar Quinet sur VAllemagne (15 septembre 1916).

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