Ahasvérus
semble avoir été apte à toutes les grandes tâches. ... Tant de travaux amassés, « de rêv^s, de visions poétiques formaient autour de lui comme un cortège invisible ^ » ; de tous ces rêves, Quinet, en 1833, fit Ahasvérus, somptueux poème, plein de magnifiques images.
Oublié aujourd'hui, Ahasvérus est une œuvre singulière, et certaines parties en sont fort belles. (Quelques-uns de nos modernes poètes le savent.) Elle est divisée en «journées ». Celle du Jugement dernier, qui clôt le poème, contient le « Chœur des Fleurs ». Je rappelle ici ce passage :
ce Nous n'avons rien à craindre du jardinier de Golgotha, disent-elles. Nous avons fait la tâche qu'il nous avait donnée. Chaque matin nous avons lavé nos écharpes et notre tunique dans la rosée, pour que le baiser de l'abeille n'y laissât point de traces. Chaque soir nous avons filé, sur notre quenouille, notre fuseau parfumé dans nos doigts. Pas une fois le soleil, en se levant tout éclos au plus haut du feuillage du ciel, ne nous a trouvées endormies sur notre chevet... »
Et le Chœur des Montagnes :
« Comme un troupeau de cavales sauvages qui s'éveillent au jour... notre crinière est faite de forêts, la corne de nos pieds est faite de marbre blanc, l'arçon de notre selle, et le mors de notre bouche, sont de nuage doré; notre écume est un