‹ François Buloz et ses amisChapitre 46 sur 212 · M. Lavollée est mort depuis que j'ai écrit ce passage · texte numérisé non relu

M. Lavollée est mort depuis que j'ai écrit ce passage

GUSTAVE PLANCHE. iOl

sacerdoce », et il a donné « toute sa vie de judicieuses leçons de goût à cet écolier inattentif et affairé qui s'appelle le public ».

Avant d'étudier la vie de Gustave Planche, je le voyais volontiers avec les yeux de ses contemporains, Hugo S Musset, le partial Mirecourt, Beauvoir; je le voyais assez déplaisant, malpropre par une sorte de pose, aimant à écraser de son jugement sévère le jeune talent ou la renommée naissante. Je le croyais, d'après eux, doctoral, assez pédant, rude et hautain, en un mot plutôt haïssable, et guère intéressant, en dehors de son savoir incontestable. Mais voilà qu'en l'étudiant de plus près, je découvre un homme auquel la vie a toujours été cruelle, et qui est resté fier, indépendant et pauvre; consciencieux dans son travail, convaincu de son rôle. Ses idées, élevées et belles, furent sa passion, sa folie, il n'eut aucune ambition personnelle, point d'envie, point d'intérêt.

1. Après la chronique de Planche sur Angelo, qui certainement est sévère {Revue du 1"" mai 1835), V. Hugo écrivit une préface à Angelo, diatribe destinée à confondre le critique : « Ne pas oublier l'envieux, ce témoin fatal, éternel ennemi de ce qui est eh haut, espion à Venise, eunuque à Constantinople, pamphlétaire à Paris... Grinçant des dents à tous les sourires, ce misérable intelligent et perdu, qui ne peut que nuire, etc. » — A son tour, Gustave Planche écrit à F. Buloz : « Faites savoir à Hugo, ou du moins à ses amis, que j'ai le plus profond mépris pour les injures de sa préface. Les espions de Venise, les eunuques de Constantinople,et les pamphlétaires de Paris, n'ont rien de commun avec moi. Si la colère n'était pas une faiblesse, je lui écrirais pour lui dire combien il s'avilit en m'injuriant ainsi, etc. »

Convaincu qu'il avait une mission à remplir, des conseils à donner en vue d'éclairer la belle route, il méprisa tout ce qui n'était pas vérité et devoir. Le singulier homme, n'est-ce pas? Sous « l'immonde vêtement » , il y a un cœur qui a souffert, que tout a blessé et heurté. Ma mère m'a dit souvent qu'une déception amoureuse acheva d'accabler le pauvre Planche, et comme il ne lui manquait plus que cette peine, on peut dire qu'il connut toutes les peines.

Les débuts de Gustave Planche furent donc très malheureux. D'ailleurs, sa vie tout entière fut « courte, triste, pleine de circonstances déplaisantes, de petites misères subies avec calme, et portées avec dignité »; et si j'ai raconté, plus haut les quelques anecdotes concernant son intimité, ce n'est ni pour le railler ni pour l'amoindrir : F. Buloz l'eut en trop haute estime, et lui conserva un trop fidèle souvenir, pour que moi-même je ne lui voue pas une admiration semblable, songeant à sa vie laborieuse, pauvre et infortunée.

Lorsque Gustave Planche mourut, Montégut écrivit* sur lui un article ému, qui lui fut probablement inspiré par F. Buloz, Montégut étant d'une génération trop nouvelle pour connaître ainsi les particularités des débuts de Planche, et les déboires de sa jeunesse. Je devine dans le tra-

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