‹ François Buloz et ses amisChapitre 54 sur 212 · CHARLES LABITTE · texte numérisé non relu

CHARLES LABITTE

votre érudition vont m'être indispensables », et voici les petites questions, — pas si petites!

« 1" N'y a-t-il dans Pierre Corneille, dans sa vie ou dans les vers chrétiens, quelque trace de liaison avec Port-lloyal, ou du moins avec Arnauld d'Andilly, son contemporain et rival en vers dévots?

» 2° Quel est le passage de Clélie de mademoiselle de Scudéry qui fait l'éloge des solitaires de Port-Royal, et qu'on se passa de mains en mains, au dire du malicieux Racine, dans ses petites lettres à Nicole? L'éloge doit être sous des noms empruntés.

» 3° Y a-t-il dans Fontenelle quelque pièce relative à Port-Royal*? etc. ».

On voit que les recherches n'étaient pas nulles, et que ces questions en soulevaient d'autres, qui avaient bien leur importance. Toujours pour son cours sur Port-Royal, il écrit à Labitte le G novembre : « Je vous écris encore comme à mon secours I » Et il lui demande de voir dans certains mémoires s'il ne trouverait ipas une phrase sur le style et grand et étendu à l'espagnole de d'Andilly »; « pourrais-je l'avoir de vous? » Il a besoin de cette phrase, elle fera bien dans son cours..., il faut la chercher, la citer exactement, Labitte va faire cela pour lui? Pauvre Labitte! Mais aussi quelle reconnaissance il a de la reconnaissance du maître! « Mille remerciements,

1. J'pmprunto ces détails à l'article de M. L. Séché : « Gh. Labitte et Sainte-I5euve », Grande Bévue.

cher Labitte, de tous vos bons soins. Je les sens mieux que je ne vous le dis, et j'en profite comme d'une cliose toute simple, tant je compte sur votre amitié acquise » : Charles Labitte était payé. Jules Simon lui consacre des pages charmantes*. Il constate que Labitte était « venu à bout de Buloz, ce qui était un chef-d'œuvre », non pas comme de Mars, en s'effaçant, mais en se rendant indispensable : « il était prêt pour toute chose et à toute heure ». Charles Labitte s'était logé d'abord dans l'île Saint-Louis, et avait fini par aller habiter rue des Beaux-Arts, en face de la Revue. On pouvait l'envoyer chercher à tout moment. « Quand il eut ajouté l'immense travail du Collège de France à tous ses autres travaux, la charge parut à tous accablante. » « On se disait : Comment fait-il? Nous le sûmes bientôt : il se tuait. » De 1836 à 1845, Labitte fit la critique littéraire à la Revue avec un remarquable talent, et une rare érudition.

Un soir, J. Simon, qui devait dîner avec lui — il l'avait vu l'avant-veille — va le prendre rue des Beaux-Arts à sept heures. Il sonne à sa porte, personne ; il carillonne de plus belle, une sœur de charité entr'ouvre, et lui dit d'un ton de reproche : « Ne faites pas de bruit. — Qu'y a-t-il? Il est malade? — Non, dit la sœur doucement; il est mort. »

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