‹ François Buloz et ses amisChapitre 57 sur 212 · Marie · texte numérisé non relu

Marie

2. Il est très surprenant de ne pas rencontrer le nom de Brizeux dans la correspondance de Vigny à K. Buloz. Sans doute n'eut-il jamais besoin d'user de son influence pour le faire bien accueillir à la Bévue, comme il l'avait fait pour des collaborateurs dont F. Buloz appréciait moins le talent?

De retour dans sa Bretagne, il parcourt le Finistère, le bâton à la main, « sac au dos »; à cette heure, il songe à son grand poème des Bretons. Il travaille, et il a maints projets en tète, la poésie du pays l'a repris. Dans cette lettre à F. Buloz, il annonce les Bretons. Mais il garda le poème dix années encore, avant de le livrer à la publicité!

Puisque mon silence va toujours se prolongeant, j'ai pensé, mon cher Buloz, qu'il fallait vous donner signe de vie. Souvent il m'est venu de vos compliments par Barbier, qui a dû aussi vous transmettre les miens. Il vous aura dit que je travaillais beaucoup pour votre Revue. Béservez-moi donc de la place pour Thiver prochain, car j'inonderai vos grandes pages de prose et devers. Quant au Poème, vous l'aurez cet automne. Sans le voyage de Marseille, sans des événements survenus dans ma famille, il serait terminé. Enfin, me voici sur ma terre et je travaille avec amour. Les espérances de la Revue seront, j'espère, remplies. Mais que la Revue me vienne en aide ! Depuis que Marie a révélé la Bretagne, quelques-uns se mettent à écrire sur ce pays; ce serait donc, comme vous Tavez déjà fait, d'insérer le poème des Bretons dans vos principales annonces, et une fois de le désigner en quelques lignes dans la chronique. Ceci principalement. Me direz-vous où est Auffray, et si l'édidition de Marie est enfin épuisée? En cas d'une édition nouvelle, j'écrirais cinq cents vers nouveaux. Cette lettre, mon cher Buloz, est presque une lettre d'affaires, mais depuis un an et demi, tous les autres

rapports avec Paris me sont étrangers. Dans cet éloignement de mes amis, il y a pour moi de l'ennui et de la tristesse, mais aussi quelque contentement d'ôtrc en dehors de ces animosités littéraires, si funestes à la liberté de l'art, et qu'à cette distance d'où je vois les choses, on ne comprend pas. Ainsi, adieu encore, jusqu'au mois de mai et bien des amitiés.

Lorient, 14 avril 1835.

Brizeux est repris par le charme du pays. Paris lui semble maussade, hostile même, et on retrouve ici le poète qui écrivit jadis :

Oh! ne quittez jamais le seuil de votre porte, Mourez dans la maison où votre mère est morte, Voilà ce qu'à Paris avait déjà chanté Un poète inconnu qu'on n'a pas écouté....

En 1839, A. de Vigny obtint de Villemain, alors ministre de l'Instruction publique, pour Brizeux, une pension; modeste ce subvention annuelle » de 1200 francs qui, quatre ans plus tard, devait être doublée par le Ministère de l'Intérieur. Sous le ministère Fortoul, Lamartine, fort admirateur de Brizeux, d'ailleurs généreux et serviable, dit à Henri Blaze : « Vous connaissez Brizeux? Quel homme est-ce? Il doit avoir de la fortune? Les vers ne sont pas un gagne-pain? »

Mais Blaze répondit que Brizeux n'avait d'assuré que ces deux pensions — assez médiocres — et Lamartine, dressé dans son fauteuil, stupéfait,

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