‹ François Buloz et ses amisChapitre 61 sur 212 · M. de Jouy mourut eu septembre · texte numérisé non relu

M. de Jouy mourut eu septembre

BBIZEUX. \21

30 janvier 1847.

Mon cher Biiioz,

Des souvenirs si anciens m'associent à votre Bévue, que je crois pouvoir compter en cette occasion sur votre aide, qui peutm'ôtre très secourable.

Quedois-je faire devant cette vacance qui s'offre à TAcadémie? Déjà, je le sens bien, je suis devancé; mais absent et souffrant, il fallait, avant tout, sortir de cette souffrance. Aujourd'hui, je ne veux pas qu'il soit dit que je m'abandonne moi-même.

Or, voici à peu près ce que je viens d'écrire à M. Charles de Rémusat, dont les très bienveillantes intentions me sont connues : « Il me répugnerait, disais-je, de frapper et d'attendre aux portes. Je suis impropre aux jeux d'élections, et j'aurais les ennuis sans le succès. Lorsque l'Académie nommera un poète (et elle en a besoin), vous êtes, m'avezvous dit, le représentant de la poésie pure. Cette heure est-elle venue?

» Si quelques membres considérables et d'accord, me désignaient, ma résolution serait vite arrêtée, ils n'auraient pas un soutien plus assuré de la dignité des lettres. »

Voilà, mon cher ami, la position déjà prise. Elle me semble digne. Je ne voudrais pas arriver par l'intrigue : que ce soit par mes seuls titres. Plusieurs sont déjà inscrits dans votre Bévue qui, plus d'une fois, les a fait valoir. A présent, c'est de m'en remettre au zèle de la bonne amitié, et à l'espoir de la justice.

Votre très anciennement dévoué,

ISîS FRANÇOIS BULOZ ET SES AMIS,

Tâchez, avant une semaine, que j'aie de vous une ligne.

Jusqu'à mon prochain retour, que votre dame reçoive mes bons souvenirs auxquels s'ajoutent ceux de Madame Taillandier, et de notre ami Saint-René *.

Il ne devait jamais être de rAcadémie. Et pourquoi? A la fin de sa vie : « Après chaque disparition il revenait autre, et presque pas reconnaissable, plus saccadé, plus brusque, plus négligé : ces longues solitudes ne lui étaient pas bonnes », dit Sainte-Beuve qui cite une lettre, bien éloquente, de madame Desbordes- Valmore à madame Duchambge sur ce sujet. La lettre est du 27 décembre 1855... « J'ai revu ton Breton ferré qui est venu s'asseoir cordialement avec nous. Il ne sentait plus la lavande. Mais quoi? Ses vers sentent toujours le ciel. Quel poète! Combien la vie est dure et marâtre, puisqu'elle amène des hommes d'un tel mérite à devenir ce que celui-ci devient... et deviendra! Gustave Planche est bien mille fois pire. Vois-tu, ces hommes divins ont froid dans leurs affreuses chambres d'auberge ruineuseSy et leur soleil les brûle en dedans. Je t'assure qu'ils vivent comme des somnambules. Regarde leurs yeux^ »

Henri Blaze assure aussi, qu'un membre de l'Académie française dit assez cruellement, faisant

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