EM. SOUVESTRE
Voici une lettre de Souvestre, datant de 1834, et concernant ses premiers articles :
Monsieur,
Je suis vraiment touché de Tintérôt que vous me témoignez dans votre lettre ; j'ai besoin de vous en remercier sur-le-champ. Il est si rare de voir ainsi favoriser les essais des hommes obscurs et placés loin de Paris, que lorsqu'il se trouve quelqu'un d'assez généreux pour le faire, on doit lui élever un autel dans son cœur.
Je partage votre opinion sur les Quatre Souffrances. J'aurais pu mieux en soignant davantage, mais c'était mon premier essai en ce genre; j'étais pressé de jouir, de voir un tout achevé. Je ferais mieux une seconde fois, j'en suis sûr. Néanmoins je mettrai vos conseils à profit. Je vaiç revoir, retoucher tout cela. Tout n'y est pas d'un goût pur, ditesvous? et comment en serait-il autrement? Songez, monsieur, que je n'ai personne ici qui puisse me conseiller. Il faut que je sois à la fois Tauteur et le critique; cette situation est fatale pour l'écrivain.
Vous avez raison, il est mauvais de s'effeuiller dans les journaux, et je ne veux plus le faire, puisque vous voulez bien m'ouvrir la Bévue, je travaillerai pour elle seule, et ce sera pour moi une bien douce pensée que cette certitude de trouver une tribune pour faire connaître des œuvres graves, travaillées, consciencieuses. Je me débarrasserai peu à peu de certaines exigences d'amitié, qui m'obligent à jeter dans de petits journaux de petits articles, sans résultat et sans portée.
Je travaille pour vous à un fragment intitulé Poèmes populaires de la Bretagne. Je soigne beau-
coup le morceau, et je serai heureux s'il vous plaît.
Maintenant, voici pour mes Quatre Souffrances : je n'ai rien terminé avec Renduel, il m'édite à des conditions extrêmement onéreuses pour moi. Si l'éditeur auquel vous avez eu la bonté de parler, m'offre quelque chose d'avantageux, je suis prêt à terminer avec lui; il y a cependant une difficulté, l'impression de mon roman est commencée. Je le fais imprimer à Brest, sous mes yeux, parce qu'il m'est ainsi plus facile de faire les très grands changements que j'y veux effectuer. Voici donc ce que je puis proposer à l'éditeur de Paris....
En attendant votre réponse, j'arrête l'impression de mon livre; veuillez mettre le comble à vos bontés, monsieur, en me faisant connaître le plus tôt possible la réponse de l'éditeur, afin que je n'éprouve pas un trop long retard, s'il ne s'arrange pas; encore une fois merci pour toute votre bienveillance.
Votre dévoué,
E. SÔUVESTRE*.
21 juillet 1834.
Emile Souvestre a parlé de la poésie, du théâtre, des mœurs en Bretagne, il en a conté les histoires populaires, il a consacré aussi plusieurs travaux intéressants aux épisodes de la Terreur en Bretagne, car il possédait sur cette époque de curieux papiers de famille :
« J'avais déjà pensé à un travail sur le souvenir révolutionnaire de la Bretagne; sur les Chouans, etc. J'ai des notes précieuses, laissées