‹ François Buloz et ses amisChapitre 66 sur 212 · CHARLES NODIER · texte numérisé non relu

CHARLES NODIER

mon bonnet sur les yfeux, je me roulerai dans ma couverture, et je m'arrangerai pour mourir avant le premier janvier, ce qui m'est d'ailleurs assez indifTérent, je n'ai besoin que d'y mettre un peu de laisser aller... Voilà, mon cher Buloz ce que j'avais à vous dire. Je sais que je puis vous gêner un peu, car je ne suis pas 1q seul à vous adresser semblable requête, mais en vous gênant un peu, vous m'aiderez beaucoup, et je vous connais... »

Charles Nodier collabora surtout à la Revue de Paris.

Le charmant esprit que fut Nodier ! Se rappellet-on ses Souvenirs? A Dole — il était Comtois — il connut Benjamin Constant, en 180(); et prononça déjà, à douze ans, au club de Besançon, des discours! Enfin c< sa jeunesse fut errante, poétique et fabuleuse » ; pendant la Terreur, il étudia paisiblement la botanique au château de Novilars, avec M. Girod de Chantrans, cet officier du génie que Sainte-Beuve baptisa : « une espèce de Linné Bisontin »; tandis qu'on massacrait à l'Abbaye, le jeune Nodier classait des mousses et des plantes, aussi y eut-il plus tard, à côté du poète, du conteur, et du philologue, un entomologiste passionné qui découvrit, dit-on, « l'organe de l'ouïe chez l'insecte * ».

Nodier a écrit quelques vers, un poème même,

1. Sainte-Beuve dit « qu'une dissertation publiée à Besançon en Tan VI (1798) en fait foi ..

aujourd'hui égaré, je crois, sur ses études d'entomologie. Sainte-Beuve en a parlé, et a cité le début du poème; il est adressé aux insectes, et me semble charmant :

Hôtes légers des bois, compagnons des beaux jours, Je dirai vos travaux, vos plaisirs, vos amours...

A l'Académie, Mérimée succéda à Nodier; il ne semble pas qu'il ait fait son éloge avec goût... Il alla trouver la charmante fille de Nodier, la fameuse ce Marie », à laquelle Arvers dédia son non moins fameux sonnet, elle le documenta. Dieu sait si Nodier a touché de choses, et avec quelle grâce! Mais rien ne plut à Mérimée. Rien, sauf une anecdote sur le petit Nodier à neuf ans, qu'il écrivit à madame de Montijo : « Charles Nodier à neuf ans, tomba amoureux d'une femme de Besançon, et lui donna rendez-vous dans un lieu éparté. Elle y»vint, et lui donna le fouet, dont il pensa crever de rage et de honte. »

M. Filon parlant de cette répulsion de Mérimée pour Nodier dit : « La vérité est que Nodier a été le contraire de ce que Mérimée voulait être. En amour, en politique, en histoire, il avait été le jouet de son imagination, il avait vécu dans une perpétuelle imposture, à demi volontaire. »

Et Mérimée pensant à ce discours redouté écrivait : « J'y pense comme à la mort. C'est un vilain moment qu'on ne peut éviter.... »

De fait, rien n'est plus éloigné de Mérimée,

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