Mérimée
138 FRANÇtlS BULOZ ET SES AMIS.
chantées par Musset furent illustrées aussi. 11 existe une amusante gravure de T. Johannot, représentant le salon de Nodier. On y voit J. Janin, le menton enfoncé dans une ample cravate, avançant coquettement un brodequin découvert sur une chaussette blanche; plus loin, la grosse tête de Paul Foucher se penche ; la Muse du jour, la charmante Delphine aussi est là! et peut-être V,igny, dans la foule, mélancolique... Car il aima Delphine, et sacrifia cet amour à sa mère. On se souvient du sonnet qu'il écrivit pour cette Muse? Ce sonnet qu'il appela Pâleur :
Lorsque sur ton beau front riait l'adolescence. Lorsqu'elle rougissait sur tes lèvres de feu, Lorsque ta joue en fleur célébrait ta croissance, Quand la vie et l'amour ne te semblaient qu'un jeu.
Tu n'étais pas si belle en ce temps-là, Delphine, Que depuis ton air triste et depuis ta pâleur i.
Ch. Nodier fut arrêté à Strasbourg en 93 — il avait douze ans — et jamais, je pense, enfant de cet âge ne fut mêlé à plus d'aventures, ne vit plus de tragédies.
Donc, il est arrêté ^ et mené devant Saint-Just. Celui-ci lui demande ce qu'il fait à Strasbourg,