‹ François Buloz et ses amisChapitre 69 sur 212 · avril · texte numérisé non relu

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2. Le petit Nodier dit à son hôtesse, lorsque les sbires révolutionnaires eurent fait main basse sur ses papiers : « Je ne crains rien de mes papiers, pourvu qu'on ne me les perde pas; car j'aurais bien de la peine à retrouver dans ma mémoire les quatre cents premiers vers de ma tragédie de Théramhnej qui sera un fort bel ouvrage. » Mais il ne craint rien pour lui, « n'ayant pas l'âge requis pour la guillotine ».

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et le petit : « J'y étudie, citoyen,... j'y suis venu dans l'intention d'apprendre le grec.

— A quoi bon le {^'rec, puis/fue les Lacédémonicns nont pas écrit? Mais quel est donc le savant qui se mole à Strasbourg, de donner des leçons de grec? »

Nodier répond que c'est Euloge Schneider*. Alors Saint-Just : « Le capucin de Cologne? » et tout de suite : « Va, va apprendre le grec avec Euloge Schneider! Si je croyais que tu dusses en apprendre autre chose, je te ferais étouffer! puis il renvoie le petit Nodier, en maugréant contre cette arrestation. « C'est ainsi que ces misérables se flattent de faire aimer la Montagne », gémit-il.

Après cette aventure, l'écolier fut trouver Pichegru, ami de sa famille, pour lequel son père lui avait donné une lettre de recommandation : il le rejoignit au quartier général de Hohenheim. Le général « l'accueillit comme son fils )),et lui dit : c( Je te ferai voir comment nous traitons nos ennemis! » et le petit l'accompagna aux armées de la République. Sur cette campagne du Rhin, Nodier écrivit de belles pages ": ce A huit heures ou huit heures et demie tout le monde était à cheval, un quart d'heure plus tard, le canon retentissait partout, un quart d'heure plus tard, l'ennemi était battu. »

1. Euloge Schneider fut guillotiné le 12 germinal an II, lui « qui nllait jadis proineucr de village en village un échafaud nomade ».

Le général faisait alors ses délices de la lecture des Mémoires de Custine (comte de Gustine, beau-père de Delphine, que le Tribunal révolutionnaire n'oublia point). Mais comme il se plaignait devant le petit Nodier du désordre de ces Mémoires, celui-ci les lui transcrivit en secret. Le général reconnut l'écriture de Nodier, et lui fit faire, en guise de récompense, un uniforme de secrétaire d'Etat-Major, avec « la petite toque d'ordonnance »! On juge quelle joie fut celle de l'enfant!

Nodier, qui vécut ainsi avec Pichegru, nia toujours la trahison dont on accusa le général. Il a affirmé : « Entre Pichegru et la pensée d'une trahison, il y avait toute la distance qui séparerait les deux pôles de l'infîpi, si on pouvait la mesurer. »

Arrêté plusieurs fois, plusieurs fois proscrit ou en fuite, peut-être comme auteur àerla Napoléone, peut-être comme ami d'émigrés qu'il servait de son dévouement, Nodier fut aussi accusé d'avoir pris part à l'évasion de Bourmont. Pendant ces périodes agitées que faisait ce rebelle? Un Dictionnaire des Onomatopées! — J'ai souvent entendu dire aux miens que Nodier était un causeur délicieux, et que personne mieux que lui, n'aimait à se raconter, il le faisait avec esprit, finesse, une grande bonhomie.

Ces vers, écrits dans sa jeunesse, font allusion à Quintigny, village qui « recelait » pour lui une

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