JULES JANIN ET LOUISE COLET
« espérance charmante » ; ils me paraissent être inspirés à la fois du xviii' siècle défunt, et du naissant romantisme :
0 riant Quintigny, valloa rempli de grâce, Temple de mes amours, trône de mes printemps; Séjour que l'espérance offrait à mes vieux ans, Tes sentiers mal frayés ont-ils gardé mes traces?
Le hasard a-t-il respecté Ce bocage si frais que mes mains ont planté. Mon tapis de pervenche, et la sombre avenue, Où je plaignais Werther, que j'aurais imité!..,
Le singulier temps que celui qui suivit les journées de Juillet! Tout y est nouveau, tout y est instable et bouleversé, et les bouleversements sont si fréquents, que lorsque la chronique prend place à la Revue des Deux Mondes, elle s'appelle les Révolutions de la Quinzainel Etrange titre pour une chronique? C'est Jules Janin qui fut chargé de ces révolutions, et il ne s'occupa guère que d'elles à la Revue; les quelques relations historiques qu'il y publia d'autre part, sont insignifiantes.
Ami et collègue de Castil-Blaze, aux Débats, où ih écrivait la critique théâtrale à côté de la critique musicale de Castil, Jules Janin fit partie de l'intimité de la rue des Beaux-Arts. Ma mère m*a parlé jadis d'une certaine histoire fort comique, dans laquelle Jules Janin joua un rôle à côtétie madame Louise Colet. Je la veux conter ici. Il est inutile de rappeler, je pense, qui était madame
Louise Colet, alors fort belle \ aimée naguère de Cousin, attaquée vivement par Karr, qui « reçut d'elle », à ce propos, « un poignard dans le dos ». La poétesse célèbre aimait fort le bruit, les singularités qui le font naître, les racontars qui le propagent. Or, cette Muse, que ses excentricités, ses liaisons universitaires et académiques avaient mise à la mode, rencontre un jour (vers 1850) j
dans le salon de la Revue^ la fille de F. Buloz I
toute enfant. Louise Colet (Sapho, comme l'appelait Pradier) venait de terminer une ode le matin même, elle s'écria avec éclat devant la petite fille: « J'ai fini mon ode! je vais pouvoir enfin changer , de chemise! »
L'enfant, très amusée de ce propos, vit Jules Janin dans la soirée. Chose singulière, elle garda par devers elle, pour la redire à lui seul, l'exclamation de la Muse, et n'en souffla mot à personne ; mais lorsque Janin entra, elle se jeta à son cou, et lui annonça à brùle-pourpoint :
— Madame Louise Colet va enfin changer de chemise !
— En vérité! dit Jules Janin, surpris par cette révélation inattendue.
La petite fille continua : « Oh ! oui ! si tu savais
î. Pontmartin, qui ne l'aima guère, a dit en parlant d'elle : « ^D'un talent contestable, d'une moralité suspecte, tellement avide de bruit, qu'elle aurait volontiers brûlé dix maisons et un temple pour faire parler d'elle... Fière de ya beauté blonde, elle n'en était pas économe, et nos loustics l'avaient surnonunée madame Golet peu monté » {Souvenirs d'un vieux critique).