août
Paris, j'ai toujours vu l'horizon se rembrunir (comme dit le Constitutionnel), et c'est un indigne métier que d'être en pays étranger, de travailler avec assiduité, et de n'avoir pas le sol. Soyez donc assez complaisant pour voir M. de Salvandy. » Marmier voudrait que cette affaire se traitât « sans la participation de M. Nisard ». « Je vous en serai obligé, je ne me soucie pas plus d'entrer en relations avec lui maintenant qu'autrefois, car c'est un pédant. »
Marmier annonce aussi le départ, par l'intermédiaire des affaires étrangères, de trois articles destinés aux deux Revues...
c( J'ai encore une série d'articles à vous donner sur Tegner, Geiier et la littérature moderne de la Suède, sur la littérature en Danemark, sur l'état de la presse dans le Nord, sur la manière dont on juge la littérature française dans le Nord, etc. J'ai été à Stockholm deux heures entières, seul avec le Roi. Il m'a dit des choses fort intéressantes, que j'ai écrites, et qui formeraient quelques pages curieuses pour la Revue. L'article sur Œhlenschldger a été traduit en allemand, en danois, et en suédois, et l'on traduit maintenant à Copenhague les lettres sur l'Islande.
» Dites après cela que je ne suis pas un grand homme...
» ... Il y a ici un homme très instruit, M. Molbe, qui est passionné pour les vers de Barbier, il a
écrit sur ses ïambes un long article dans un journal littéraire. Le chapitre sur la manière dont on juge la littérature fran(;aise dans le Nord pourrait être bien mieux. xMais il faudrait que je fusse à Paris pour y puiser la méchanceté que je n'ai pas. » Et iVlarmier ajoute en post-scriptum : « J'ai touché 600 francs du ministère de la Marine, mais j'en ai dépensé 800 pour voir la Suède et la Norvège, ainsi je suis en déficit. Mais j'aime mieux souffrir mille fois que de faire une démarche inconvenante. » Car il est préoccupé de la lettre qu'il adresse à M. de Salvandy...
Enfin son rapport est fait en septembre^ et il l'envoie au ministre; il déclare à F. Buloz que ce travail est ce mortellement ennuyeux, il faut lire pour cela un tas d'ordonnances et de règlements qui sont diablement insipides. Mais que faire? J'ai promis, et j'ai besoin d'argent ». D'ailleurs il annonce son retour : a Je regretterai sans doute un pays où j'ai reçu plus de marques d'estime et d'affection que je n'en ai jamais reçues dans mon propre pays, où tout le monde, depuis le Roi jusqu'au dernier professeur, m'accueille avec cordialité. Je me vois déjà jeté au milieu de ce tourbillon de Paris, dont je ne puis suivre ni le mouvement, ni le but ambitieux. J'ai peur de Paris comme un homme a peur de l'eau quand il ne sait pas nager, et cependant je sens que c'est