‹ François Buloz et ses amisChapitre 78 sur 212 · MONTALEMBERT · texte numérisé non relu

MONTALEMBERT

rester pour tous une tribune libre. C'est ainsi que le père Gratry y écrivit, le terrible Veuillot, et aussi Montalembert, dont le catholicisme, pourtant, était la « spécialité », ainsi qu'il le dit luimême. Je raconterai en son temps, comment le directeur imposa Ernest Renan, et tint tête avec fermeté aux partis, qui firent d'abord une vive opposition à ce grand esprit.

Le comte de Montalembert, après avoir donné à la Revue des articles de voyage, y avait écrit, sur le Vandalisme y en 1833, une lettre adressée à Victor Hugo; puis il cessa d'y collaborer pendant quatre années. Il fut de nouveau sollicité de reprendre sa place par F. Buloz en 1837, et voici sa réponse :

... c( Vous savez, monsieur, que ce n'est pas ma faute si je ne compte plus au nombre de vos collaborateurs; je vous ai offert l'année dernière un chapitre de mon Histoire de Sainte-Elisabeth^ dont vous n'avez pas voulu. Mais vous savez également que ma spécialité à moi, c'est le catholicisme, et le travail que vous recevrez un ou deux jours après cette lettre, vous en fournira une nouvelle preuve \

» Si, comme je me le suis quelquefois figuré, la Revue des Deux Mondes est une tribune élevée pour toutes les opinions sérieuses et consciencieuses, je ne conçois pas pourquoi les opinions

1. De VÉtal actuel de Vart religieux en France, i" décembre 1837.

catholiques, lorsqu'elles n'ont rien de commun avec le légitimisme, en seraient exclues, surtout à une époque où l'on parle tant à tort et à travers de Christianisme, de retour au sentiment religieux, etc.. Enfin, vous verrez, l'essai que je vous envoie est la suite et le corollaire de l'article que vous avez bien voulu insérer il y a quatre ans. Cet article, si vous vous en souvenez, vous fit quelque peur, et vous le fîtes précéder d'une sorte de note apologétique ^ Cependant, il a eu quelque retentissement, je puis le dire sans vanité, parce que c'était au mérite des idées aujourd'hui populaires qui y étaient exprimées, et non au mien. Souvent encore aujourd'hui, je le vois rappelé et cité avec indulgence dans les journaux et les ouvrages qui s'occupent d'art. Je me flatte que les idées que j'exprime aujourd'hui sur l'art en général, vu du point de vue religieux, sont celles qui circulent dans un grand nombre d'esprits, et que dans peu elles paraîtront tout aussi peu bizarres, que ne le seraient aujourd'hui celles que j'émettais avec hardiesse en 1833. Quoi qu'il en soit, je ne vous demande qu'une

1. Voici cette note : « La Revue des Deux ]\1 ondes en s'en tenant d'habitude aux articles de collaborateurs dont les travaux constituent sinon une doctrine rigoureusement complète, du moins une tendance philosophique analogue et homogène, ne s'est pas interdit d'accueillir les morceaux de talent écrits d'après d'autres convictions, pourvu que ces convictions fussent élevées et consciencieuses. Elle a cru surtout pouvoir en agir ainsi, à l'égard d'un des écrivains les plus chaleureux, et des plus brillants, de l'école de M. Lamennais (N. du D.) ».

LA DUCHESSE D'aBRANTÈS. 165

grâce, c'est de me traiter sans aucune cérémonie, et (le ne pas me faire lan^^^uir... Vous êtes naturellement le maître de faire précéder l'article, dans le cas où vous l'inséreriez, de toutes les observations que vous jugerez convenables, seulement, je vous prie de ne plus me désigner comme disciple de M. de Lamennais, parce que cela n'est plus exacte »

Cette dernière observation répond, il me semble, assez bien à l'observation que Sainte- Beuve malicieusement a transcrite :

« Après avoir entendu un discours de M. de Montalembert, l'abbé Lacordaire disait : « Cet homme sera toujours le disciple de quelqu'un! »

Si François Buloz, au début, eut souvent quelque peine à composer ses numéros, il n'en eut pas moins à se défendre de la collaboration de certains rédacteurs, fort dévoués, en vérité, à leurs amis, qui faisaient souvent le siège de la Revue dans le but de les servir, à charge de revanche. Le directeur les écartait souvent. Quelques-uns prenaient assez mal les refus, s'irritaient, ou menaçaient; la duchesse d'Abrantès, elle, ne se fâche pas, elle insiste seulement, et avec ardeur.

Ancienne collaboratrice de la Revue de Paris, sous la direction précédente, auteur de mémoires

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