Lettre de madame F. Buloz à madame R. Combe, inédite
2. On a attribué le mot à la duchesse d'Abrantès, mais il est de Musset.
se décidait à rien, elle se confiait à Sainte-Beuve, elle lui demandait : « Qu'est-ce donc que l'amour? » et il répondait : a Des larmes! » Mais elle aimait à pleurer!
Joseph Delorme, dilettante, goûtait les confessions, les intrigues, les correspondances subtiles; il aimait les femmes, leur charmante admiration flatteuse, et leurs confidences, qu'il écoutait d'un air paterne, en caressant leurs mains; et ne pourrait-on dire de lui ce qu'il a dit l^i-même de Balzac : « Il sait beaucoup de choses des femmes, leurs secrets sensibles ou sensuels, il s'est introduit auprès du sexe sur le pied d'un confident consolateur. » Si Balzac a joué ce rôle dans son œuvre, Sainte-Beuve fut,/ lui, ce confident féminin. Mais c'est maintenant le Sainte- Beuve jeune qu'il faut évoquer ici, le Sainte- Beuve d'Adèle; et à cette heure il n'est pas laid. Une lithographie du temps nous le montre de profil, mélancolique, le nez trop long, mais le front intelligent, réfléchi, presque soucieux, déjà creusé d'un pli; le bas du visage s'enfonce dans une haute cravate : c'est le Sainte-Beuve des ConsolationSy Joseph Delorme, l'Amaury de Volupté.
C'est lui que Juste Olivier voit derrière son carreau, quand tout de go, il se présente à lui en 1830. Sa mère, sur la demande du visiteur, l'appelle : « Sainte-Beuve, es-tu là? » et l'on voit un jeune homme derrière une petite croisée;
puis voilà Sainte-Beuve dans sa chambrette, abrité par un paravent, et dans cet étroit enclos, des tables chargées de livres et de journaux; dans cet enclos, qu'il soit situé rue Notre-Dame-des- Champs, passage du Commerce, à Lausanne, à Liège, ou encore rue du Montparnasse, Sainte- Beuve passa sa vie : des livres, des journaux, un paravent pour limiter le champ de ses rêve3... De ses rêves, mais non de ses idées, qui dans sa petite chambre naquirent profusément, et furent quarante ans ingénieuses, subtiles et étincelantes,
Sur la personne de Sainte-Beuve que n'a-t-on dit? de quelles trahisons aussi n'a-t-on pas chargé son ombre?
Malgré ses défauts, et il en a, combien il est attachant...
J'aime à le suivre depuis sa studieuse enfance à la pension Landry, à travers sa vie de jeune homme, ses débuts au Globe, alors qu'une c( sombre mélancolie dévorait cette jeune âme », et cette mélancolie, bientôt, ce sont les Consolations, puis Volupté. J'aime sa jeunesse laborieuse et pauvre, son avidité à lire, son désir d'apprendre, l'activité de son esprit, sa conscience dans le travail... Déjà à cette époque il est divers, inquiétant un peu et déjà son esprit « c'est un de ces parfums composés et précieux, où l'on respire à la fois vingt essences choisies, et adoucies par leur mutuel accord* ».