‹ François Buloz et ses amisChapitre 88 sur 212 · Inédite · texte numérisé non relu

Inédite

l'article de Lamennais, il faudra le faire imprimer bien vite; il passera dans le prochain numéro. » Mais l'ami qui a porté l'article repart lundi, et « il serait bon qu'il pût emporter le prix de l'article, qu'il faudrait payer le plus possible, n'est-ce pas?»

Au moment où Hugo, mécontent, se sépare de la RevuBy la lettre que F. Buloz écrit au poète, c'est avec Sainte-Beuve qu'il l'écrit; quand G. Sand envoie son roman à! Horace, qui paraît trop « radical-socialiste » au directeur, c'est encore à Sainte-Beuve que le directeur demande son avis. «L'affaire Balzac, dira un jour F. Buloz... dont la colère n'éclata qu'à la suite d'un article de vous, qu'il ne m'a jamais pardonné..., etc. » On verra aussi en 1835, la part que prit Sainte- Beuve au procès Balzac.

Maintes notes dans la Revue des Deux Mondes, ou la Revue de Paris, que F. Buloz dirige depuis juin 1834, sont de Sainte-Beuve, sans signature... Le 11 décembre de cette année 1834, il écrit au directeur : « Je vous enverrai une petite et courte note demain, sur la vacance de l'Académie, et les candidats nouveaux. J'y parlerai de Ballanche et de Hugo : je tiendrai fort à ce que cette petite note passe. »

J'ai cherché cette « petite et courte note», avec soin dans les deux Revues... Dans la Revue de Paris, il y a bien, à la fin de 1834, une note sur l'Académie et la vacance laissée par M. Parseval-

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Grandmaison, mais elle n'est ni petite ni courte, et il n'est pas question là de Hallanclie, et puis, comme date, elle ne concorderait pas avec celle que Sainte-Beuve annonce dans sa lettre du 1 1 décembre, et qui a du paraître le 15. Par contre, dans la Revue des Deux Mondes du 13 décembre, après le compte rendu officiel que Planche consacre à la « réception de M. Thiers à l'Académie », il y a une « petite et courte note », qui ne me paraît tenir aucunement à l'article précédent. Pourtant, elle fait partie de l'article, qui est signé G. P. et on peut, on doit l'attribuer à Gustave Planche... Dans cette note, Hugo est loué, certes — on conseille à l'Académie pour se réhabiliter (elle venait de nommer Scribe sur le fauteuil d'Arnault) d'appeler dans son sein c( M. Ballanche ou M. Hugo; que M. Hugo se présente et qu'il ne recule pas devant l'ennui d'une candidature officielle ». Un coup de patte cependant... ce Si chacun des membres de l'Académie peut aller jusqu'à proclamer individuellement la supériorité de l'auteur des Orientales, on ne peut pas exiger d'un corps tout entier, la même humilité et la même abnégation. Une société littéraire qui peut nommer comme siens Chateaubriand, Lamartine, Lemercier, Cousin, est en droit de traiter avec le poète le plus illustre et le plus populaire, sur le pied d'une égalité parfaite. » Visiblement, c'est pour Hugo que Sainte-Beuve a écrit cette note, Ballanche n'y

apparaît qu'en second plan, c'est pour « le poète le plus illustre », etc..

Or, si l'on veut se souvenir qu'Hugo et Sainte- Beuve étaient brouillés depuis avril 1834, officiellement brouillés, et définitivement cette fois, après beaucoup de ruptures et de réconciliations déjà, cette note sur Hugo, que Sainte-Beuve glisse sous la signature de Planche, est curieuse, et d'autant plus à cause de la situation actuelle de Sainte-Beuve et de madame Hugo :

Approche, ô ma Délie, approche encor ton front, Serrons plus fort nos mains pour les ans qui viendront, La faute disparaît dans sa constance même^...

Sainte-Beuve, chassé par le mari, et s'entretenant ainsi avec la femme, ne peut ouvertement engager Hugo dans une candidature académique... Pourtant il veut complaire à Délie... — « Nous en avons tous fait autant, me dit un de mes amis, à qui je soumets ce cas, quand nous étions jeunes, et que nous avions des Adèle... » Déjà en 1829, lorsqu'il était ami innocent encore, Sainte-Beuve avait écrit pour lancer les Orientales une note préface « superbe réclame », qu'il n'avait pas voulu signer. — « H convient... que des initiales quelconques seraient nécessaires », écrit Hugo à l'éditeur... c( il faudrait donc deux lettres, ou mieux encore, le nom en toutes lettres de quelqu'un qui le voudrait bien'^... »

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