Correspondance de V. Hugo
sur Lucrèce Borgia, qui mécontente le poète, il écrit à celui-ci : « J'ai regretté l'article de Planche, mais du moment que ce n'était pas tel ou tel mot à rayer, mais l'article entier, j'ai dû m'abstenir... j'ai tâché dans quelques lignes de la Chronique de marquer que c'était une opinion personnelle, et de rétablir le fait extérieur du grand succès de Lucrèce... d, etc. Encore une note! assez faible d'ailleurs... : « Une société brillante et la majorité de la jeunesse remplissaient le théâtre de la Porte-Saint-Martin, oii l'on allait représenter la Lucrèce Borgia, de M. Hugo..., etc. »
En 1831, à son arrivée rue des Beaux- Arts, le zèle de Sainte-Beuve est amical et généreux. Naturellement, le directeur lui a demandé un article sur Hugo, et il s'empresse :
a Mon cher ami, Buloz me tourmente pour un article; il voudrait que je lui en fisse un sur vous. J'ai pensé que cet article biographique repris*, complété, développé surtout dans les dernières parties avec un jugement littéraire, ferait l'afTaire de Buloz. Mais serait-ce la vôtre, mon ami? » Cette question est assez comique. Sainte-Beuve devait pourtant savoir qu'Hugo ne se dérobait pas à ce genre de louanges. « Cela vous accommodera-t-il? Il désirerait aussi que la pièce dont j'ai cité quelques vers sur votre naissance s'y
1. Déjà, le 1*' juin il écrivait à Hugo : « Je suis on train de faire votre biographie », etc.
trouvât, sinon entière, du moins en grande partie ^.. » et il termine en demandant à son ami comment il va. .
(C'était quelque temps après l'explication qu'ils eurent ensemble au sujet de madame Hugo.)
Il veut savoir « s'il est plus content », si « les nuages s'en vont de ce front, et les soupçons de ce cœur », s'il y « a toujours sa place », lui, Sainte- Beuve, dans ce cœur... « cruelle pour vous et irritante », etc. ^.
Et Hugo, en lui envoyant la pièce de vers à insérer dans l'article de la Revue''^, lui dit : « Vous êtes mille fois bon de vous occuper encore de moi. »
Malin Sainte-Beuve! et pervers, oui, en vérité, car cette lettre du 19 juillet dans laquelle il propose un article qui ne sera qu'un long chant de louange, cette lettre suit de très près une autre lettre d'Hugo, belle et confiante, dans laquelle le poète déclare : « Votre conduite a été loyale et parfaite, vous n'avez blessé ni dû blesser personne, tout est dans ma malheureuse tête, mon ami! ^ » Et pendant qu'Hugo, magnifique, s'accuse ainsi, le subtil Sainte-Beuve écrit des hymnes pour le mari, et pour la femme ceci :
Oui — si tu m'aimes plus que l'ombre de l'amie, Que ta mère, martyre au cercueil endormie,