Inédite
flomand.iitdesdomniagcs-intérctsde lo 000 francs. Ouiind on a tiré la langue pour oblif^er un homme, cet homme n'a pas le droit de vous faire une chicane à la première fissure qu'il aperçoit; quand on a eu la vie de Ma de Balzac, on est mal reçu à vouloir faire du scandale, à vouloir jeter de la boue aux autres. D'ailleurs l'homme qui a l'impudence de dénaturer les faits, comme il l'a fait dans son plaidoyer, ne mérite pas de ménagements.
» J'aurais pu lui en jeter à la face quarante fois plus que je ne l'ai fait hier encore; j'aurais pu lui dire que l'expédition de 1835 que j'ai faite pour avoir des abonnés * (expédition qui certes n'a rien que de très honorable pour moi), je l'avais faite pour lui avancer de l'argent que je ne lui devais pas; il s'est bien gardé de dire cela en racontant ce fait. Il a menti tout le long, et fait mentir les autres; ne va-t-il pas m'opposer le témoignage de Planche? Aussi les démentis lui pleuvent de tous côtés. Comment! M. Balzac va faire un mensonge au Tribunal, il sera cru : moi je ne le serai pas, moi qui n'ai jamais eu de procès, et je devrais me taire?
» Non, dussé-je y laisser mes os... » Il est clair que F. Buloz est fort en* colère. Le Tribunal a jugé; — il n'y a eu (dit le Tribunal) « ^)réjudice
1. Balzac avait fait allusion au voyage de F. Buloz à Londres; voynf;e que lo directeur lit pour rextension de la Jievue des Deux
Mondes à lélrunger.
d'aucun côté, attendu que Balzac s'offre à rembourser 2 100 francs sur les sommes qu'il a touchées » ; mais il condamne le demandeur aux dépens, et la Revue de Paris (F. Buloz, ou Sainte- Beuve?) écrira : « Les avances de la Revue lui seront rendues, elle gagne à ce débat 2 100 francs et la fin du Lys dans la Vallée^ que M. de Balzac ne lui livrera pas... » Mélancolique elle conclut : a Elle a eu tort de se fier à M. de Balzac sans convention écrite. »
A George Sand qui lui conseille de poursuivre si le jugement est erroné, F. Buloz déclare : (( Tout le barreau voulait que j'en rappelasse; je refuse cependant, parce que je ne veux pas me traîner dans ces misérables lieux. Les honnêtes gens n'ont rien à y faire, et y perdent toujours. Je n'aurai plus de procès, quand je devrais y perdre à l'avenir le fruit de mes sueurs. J'en connais assez de ces antres, pour ne plus y remettre le nez... vous me connaissez assez pour savoir que je n'aime pas les chicanes. »
Et George Sand : « Triste et hideuse chose que tout cela! N'en prenons pas l'habitude, ni vous ni moi. La victoire est aussi triste que la défaite. » Cependant quatre ans ne passeront pas, sans que tous deux, l'un contre l'autre cette fois, plaident...
Mais la grande colère de Balzac? « Elle éclata, comme l'écrira plus tard F. Buloz, à la suite d'un article de Sainte-Beuve que Balzac ne par-
donna jamais » au directeur de la Revue, ni à Sainte-Beuve, bien entendu, sur la Littérature industrielle. — et certes, le romancier y était visé, nommé même : « J'y frappe à droite et k gauche, et le plus de la pointe que je puis », dit Sainte- Beuve. Cet article eut un retentissement énorme : (( On a crié, on m'a répondu des injures. » — Aussi lorsqu'en 1840, Balzac fut une fois encore à la tête d'une Revue — la Revue Parisienne, il se vengea vivement, et Sainte-Beuve fut un des premiers à recevoir de lui, sa « volée de bois vert ». Pour cette Revue Parisienne, Balzac compta sur un succès analogue à celui des Guêpes, en cela il se trompa. Cette publication qui contient une « Etude sur Beyle », contient aussi un pamphlet concernant Sainte-Beuve et Port-Royal, à la vérité, assez brutal. Qu'on en juge; le critique venait d'être nommé conservateur à la Mazarine : « Il faut féliciter M. de Rémusat d'avoir mis à un poste littéraire un homme qui s'occupait peu ou prou de littérature... Contrairement à l'axiome de Figaro qui régissait les résolutions ministérielles — qui mettait des Italiens à la Chambre des pairs, des Suisses, anciens chercheurs de produits chimiques, au, Théâtre Français... » et de deux!... car les Suisses, c'est F. Buloz, né d'ailleurs en France, mais ayant été employé, jeune étudiant, dans une fabrique de produits chimiques... On le retrouvera ce ce Suisse », dans le môme article, d'4ci peu... Continuons : « La
muse de M. Sainte-Beuve est de la nature des chauves-souris... elle aime les ténèbres... sa phrase molle et lâche, impuissante et couarde, côtoie les sujets, se glisse le long des idées, elle tourne dans l'ombre comme un chacal... » Encore : ce sa blafarde muse a rouvert les cercueils où dormait toute la famille entêtée, vaine, orgueilleuse, ennuyeuse, dupée et dupeuse des Arnauld. » Il blâme, cela va sans dire, ce réveil, le trouve inutile : parler de Port- Royal après Racine, après Bossuet et les Jésuites... dans une époque où ces questions n existent plus! En 1834, Sainte-Beuve avait reproché à Balzac ses métaphores : « la raison coeffîciente des événements, etc. » Aujourd'hui le romancier raille les « coteaux modérés », les « zéphyrs mûrissants » de Sainte-Beuve..., et il redevient violent. « Ces tropes faux où la pensée est à l'état de germe, et qui le constituent Tinventeur du têtard littéraire. Quel autre nom donner à ses embryons d'images, flottant sur une mare de mots!... le style de M. de Sainte-Beuve est intolérable... la langue y est constamment outragée... », et ses poésies c( m'ont toujours paru être traduites d'une langue étrangère, par quelqu'un qui no connaîtrait cette langue qu'imparfaitement... Nous devons cet auteur à la crasse ignorante du Suisse qui possède le recueil où, dans sa candeur, M. Sainte-Beuve s'est tranquillement livré à ses excès. » Telles sont les vengeances de Balzac.
Se souvient-on qu'à la mort du romancier, Sainte-Beuve écrivit un article sur l'ensemble de son œuvre? Le ton en est mesuré, et le jugement -excellent; enfin, faisant allusion à cette petite pecque de Revue Parisienne^ il écrit simplement en note : « Voir dans la Revue Parisienne de M. de Balzac l'article qui me concerne. Si je l'ai publié, qu'on sache bien que je ne crains pas que d'autres s'en souviennent. De pareils jugements ne jugent dans l'avenir, que ceux qui les ont portés. »
On préférera ce ton à celui de l'appendice qu'il écrivit naguère à Port-Royal^.
Il est toujours curieux de voir aujourd'hui, combien les passions littéraires, chez les romantiques, furent ardentes... et il faut reconnaître que le grand Balzac, parmi ceux-ci, fut un des polémistes les plus passionnés. On se souvient de son affaire avec Roger de Beauvoir, qu'il accusa simplement de ne s'appeler ni Hoger ni Beauvoir ^
Beauvoir, qui le provoqua, après cela, en duel, , n'en obtint rien (Balzac n'avait jamais tenu une
1. Il y écrit notamment : « J'ai quelquefois causé de lui (de Balzac) avec ceux qui l'ont le plus loué depuis sa mort... J'ai fait à ces spirituels auteurs mes objections sur son compte, je leur ai dit en quoi il me paraissait avoir manfjué, pour ôtre le génie éiuinent qu'on semble désormais saluer en lui, de toutes parts. Kt l'un d'eux, allant au-devant de ma pensée et résumant ses bizarreries, disait : « C'est encore plutôt un monstre ». Je n'en demande pas davantage. »
2. Il s'appelait en effet Uoger de Bully, son nom de famille était Roger.
épée), que quarante pages d'excuses, que Planche lui porta, de la part du romancier. Mais Beauvoir (qui était au bain) dit noblement : ce Je me moque de la prose de M. de Balzac, je ne veux que sa peau ! » et Planche repartit comme il était venu. Pourtant, Balzac dut rétracter tout ce qu'il avait écrit, dans nniiximéro deldi Revue Parisienne^
On a vu plus haut la part que Sainte-Beuve prenait aux succès, et aussi aux difficultés de la Revue des Deux Mondes. Malgré son labeur, il y est constamment, se tient au courant de tout ce qui s'y passe, reste en contact avec elle chaque jour; les inquiétudes de F. Buloz sont les siennes, et s'il critique souvent son directeur, plus souvent il l'admire... Un jour, il constate combien F. Buloz, attaqué par la petite presse, ce la racaille », reste froid devant ces attaques. « Si on lui dit : — Un tel est furieux contre vous, il y a dans le Vert-Vert de ce matin un article contre vous, qui doit être de lui; il hoche la tête et dit en grognant avec une sorte d'indifférence : — Bah! ils reviendront, il y a de l'argent à l'auge... » et Sainte- Beuve : « Ce mot-là est du Tacite dans son genre, et peint toute une époque en littérature. ... Suétone, Procope, Dangeau, Buloz, il sera, s'il le veut, historien du gros de la littérature de ce temps-ci. »
Une autre fois, Sainte-Beuve s'inquiète ; le direc-