‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 101 sur 138 · ADIEUX A ASNIÈRES 25 I · texte numérisé non relu

ADIEUX A ASNIÈRES 25 I

8 juin i85y. — Oh ! que je suis triste ! Connue les affaires

Vieille femme du Berry

de ma mère m’inquiètent ! Et puis mon séjour à Asnières est pâle, inutile. Ma prédication de Pentecôte (3i mai) a

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produit un effet très triste à ce qu’il paraît. J’avais oublié tpie je ne suis qu’un jeune homme, et d’Asnières. Celle d’hier a produit, dit-on, un excellent effet. O mon Dieu, pardonne !

Mardi 23 juin. — Je suis revenu de mon voyage à Foëcy hier soir. J’étais parti d’Asnières jeudi dernier. J’ai vu Mme André, M"e Isabelle. Je suis allé le vendredi à Mehun où les dames Pillivuvt m’ont très bien reçu. Mme Pillivuyt. mère est venue avec moi au magasin et m’a choisi ma vaisselle. J’ai eu du plaisir à voir M. Dormoy et sa femme. Le dimanche j’ai fait le service à Mehun et à Foëcy. A Mehun sur ce texte : n Corinthiens v, i, et à Foëcy: n Corinthiens v, 20. Mes rapports avec Mesdames André ont été très doux.

Dimanche 28 juin. — J’ai donc fait aujourd’hui mes adieux à Asnières !... J’ai prêché à Bourges sur ces paroles: « Mes frères, priez pour moi » et à Asnières sur Romains xi, 1. Il y avait peu de monde à Bourges et nous avons eu la douleur de rencontrer en route quantité de protestants qui revenaient ou du marché ou des foins. Le culte de l’après-midi a été très solennel. J’ai prêché. M. Diény m’a adressé une allocution. Les enfants ont chanté : « Oh ! qu’on sera content ! » M. Diény m’a imposé les mains, grande émotion. J’ai fait des visites d’adieux. Nous avons dîné chez M. Diény. Ma sœur y manquait.

Maison des Missions, i5 juillet i85y. — J’ai quitté Asnières le 2g juin. Le lundi matin, avant de partir, je distribuai la sainte Cène à un bon nombre de personnes. Je fis une courte méditation sur 11 Corinthiens vi, 1. La pluie tombait avec tant, de force que je ne pus partir, comme je me l’étais proposé, à l’issue du service. Nous eûmes un grand déjeuner où assistèrent mes parents et J. B. Je partis pour Paris le soir à 4 heures. Ma mère, ma pauvre mère voulut m’accompa-

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çjner jusqu’à Foëcy. Jamais je n’oublierai les adieux qu’on me fit à Bourges! Oh ! comme ces derniers moments furent solennels ! Jamais je n’oublierai les figures pleines d’espé-

Asnières — Intérieur de la maison où C.oillard enfant a vécu

rance qui me montraient le Ciel pour patrie ! O mes amis, ô ma patrie! Ma mère était calme et silencieuse. Elle ne répandit pas une seule larme. Elle m’avait donné 5 francs. Je voulus lui remettre de quoi payer son voyage, et avec quelle douleur elle y consentit ! <c Non, mon enfant, me

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disait-elle, mon cher enfant, mon bien-aimé enfant, prends cela; tu me fais trop de peine en ne le recevant pas. Oh! que ne puis-je faire davantage pour toi? »

Je lui parlais, demandant ardemment au Seigneur de bénir les quelques paroles qu’il me donnait encore de lui dire. « Ah ! me disait-elle, depuis l’âge de huit ans que je te consacre au service du Seigneur, je lui ai toujours dit : Eh bien ! Seigneur, voici mon plus jeune fils, qu’il te plaise

d’en faire un serviteur qui te soit bien fidèle Mais,

ajoutait-elle, je n’aurais pas voulu qu’il t’appelât à être missionnaire ! » Pauvre mère ! Elle me disait encore : <r. Vois-tu, je suis bien heureuse de te voir partir, parce que je sais que tu pars pour faire du bien, pour annoncer la bonne nouvelle du salut aux païens ; mais ça m’est bien pénible à mon âge de te voir partir pour toujours. Ne plus revoir son enfant, que c’est dur pour une mère ! Tu ne sais pas ce que c’est, toi. Je t’avoue que tout cela me trouble l’esprit, mais j’espère que ça ne durera pas! Si seulement, me disait-elle encore, oh! si seulement tu fusses resté en France comme pasteur ou instituteur! Mais... »

Mon Dieu, souviens-toi de ma mère!

Nous arrivâmes bientôt, trop tôt, hélas! à Foëcy. Oh! quel moment ! Je descendis pour embrasser ma nièce Françoise ; ma mère aussi descendit, elle m’étreignit dans ses bras: « Mon enfant ! mon tendre enfant, mon enfant bien-aimé, il faut donc que je te quitte! » On sonna, le train partit: je vis ma tendre mère lever au ciel des mains suppliantes et le vent m’apportait encore ces derniers sons : « Adieu, mon enfant, adieu, je ne te reverrai donc plus1! »

Je la vis encore de loin, ma nièce la soutenait et l'aidait

i. En effet. Coillard ne revit pas sa mère qui mourut à Orléans le 1 3 janvier 1876. (Ed. F.)

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