A LONDRES
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aussi quelle ne fut pas ma surprise, en arrivant au Havre, de voir que ma boîte m’avait devancé ! Je fus bien accueilli, au Havre, par les Monod et je reçus riiospitalilé chez M. et Mme de Coninck. Pendant quelques jours, je jouis là d’un repos vraiment princier. On était d’une prévenanoe sans égale pour moi.
Le soir de notre départ, nous eûmes, chez M. II. Monod, une soirée touchante. M. Daumas lut le Psaume cvii, je fis la prière, puis commencèrent les adieux. Quelques amis nous accompagnèrent au bateau à vapeur. Il était 10 heures et demie. J’eus encore un délicieux entretien avec Babut. Quel moment lorsque je mis le pied sur le bateau et que je me vis rattaché au sol de ma patrie par une simple planche mobile ! La planche tourna bientôt, le signal du départ est donné au milieu de bruyants adieux, et la clarté de la lune nous permet de contempler, quelque temps encore, les rives de la France qui s’enveloppent pourtant bientôt d’obscurité! J’étais calme et heureux. Je me promenais sur le pont avec M. Daumas, nous nous consolions mutuellement. La plupart des passagers rentrèrent, moi je restai sur le pont et, toute la nuit, je pus contempler, jouir et prier, sans que le mal de mer m’interrompît. Le matin, le soleil levant et la vue des côtes magnifiques de l’Angleterre rappelèrent les passagers sur le pont : c’était si beau ! Nous arrivâmes à 9 heures à Southampton et à 4 heures à Londres. Nous logeâmes chez un homme très pieux, M. J., Providence liouse, Falcon Street, 7. La vieille femme qui nous servait avait perdu son mari et ses enfants; elle était très bonne pour nous. En me voyant écrire à ma mère : « Poor mother ! » répétait-elle et l’émotion la contraignait de se retirer.
M. Martin, pasteur de l’église française, m’a aidé dans l’achat de mes livres.
J’ai eu une terrible peur avec un billet de banque de
F. COILLARD
5 livres que m’avait donné M. Damnas en échange de mes napoléons b Lorsqu’on m’apporta mes livres, je tirai mon porte-monnaie pour prendre le billet; mais quel ne fut pas mon effroi, en voyant qu’il avait disparu ! Je le cherchai partout en vain. Cependant j’avais cette confiance que Dieu pouvait me le rendre, et c’est une heure et demie avant mon départ que Frédéric Ellenberger me le rapporta. Cet ami passait ses vacances à Londres, il avait fait des emplettes avec moi ; il retourna dans les magasins où nous avions été ; au deuxième ou troisième, dans une librairie-papeterie, le billet lui fut rendu avec joie par un employé qui l’avait trouvé à terre, après notre sortie. Ce jeune homme était membre de l’Union chrétienne. Quel sujet d’actions de grâces, et quel motif de confiance ! Ellenberger et M. Martin nous accompagnèrent à Gravesend à bord du voilier le Trafalgar et nous eûmes là, dans la cabine de M. Daumas, un instant de prière que je n’oublierai jamais.
Le mercredi 2 septembre, à 2 heures et demie de l’après-midi, le Trafalgar mit à la voile.
« Le temps était très beau1 2, le navire descendait la Tamise avec grâce, et sa marche ni trop rapide, ni trop lente, nous permettait de contempler avec admiration les rivages magnifiques de cette partie de l’Angleterre. C’était le premier jour, tout le monde se portait à merveille. Mais bientôt s’éleva, avec assez de force, un vent contraire qui entrava notre marche et bouleversa nos santés. »
Pendant trois ou quatre jours, Coillard souffrit de « cette horrible maladie qu’on a appelée le mal de mer. »
1. Coillard a raconté cet incident d’une façon un peu différente dans son volume Sur le Haut Zambèze, Paris, 1898, in-4, p. 80-81. (Ed. F.)