‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 109 sur 138 · EN ROUTE POUR LE LESSOUTO · texte numérisé non relu

EN ROUTE POUR LE LESSOUTO

tures puissent me donner une idée complète du peuple au milieu duquel je vais vivre, car elles ont subi l’influence immédiate de la civilisation tandis que les mœurs des Bassoutos sont, sans doute, plus primitives encore.

« Cher monsieur Diény, me voilà arrivant sur le champ de travail. J’aimerais pouvoir dire que mon chemin est bien clair et bien facile. Mais non, tout au contraire. Pour voir maintenant les difficultés de plus près, je ne les vois ni moins nombreuses ni moins redoutables; mais que faire? Je dois marcher en avant, avec courage, avec foi, en regardant vers les montagnes d’où me vient le secours.

« Je ne sais ce que le Seigneur veut faire de moi. Si je vais à Morija, j’aurai, moins que mes prédécesseurs, sans doute, à m’occuper du matériel, car j’y trouverai un abri préparé. Qu’importe ? Je ne cherche ni les aventures, ni les aises. Ce que je désire, ce que je veux, c’est de travailler, avec un cœur droit, à l’œuvre de mon Maître, dans l’humilité et dans l’oubli le plus complet, s’il le faut. Non, non, je n’espère point devenir le missionnaire populaire de la France, je ne le puis pas, sans doute, mais à tout prix je ne le voudrais pas.

« Depuis que j’ai quitté la France, je n’ai pu prêcher que deux fois: une fois ici au Cap et une fois à Wellington. Le sacrifice de ma langue est plus grand que je ne le pensais. Je souffre de ne rien faire, c’est tout au plus si je puis aller m’édifier quelque part ici dans cette tour de Babel. Cependant je comprends assez l’anglais maintenant pour suivre une prédication. Chaque pensée que je puis saisir me paraît d’or. Il me reste encore à étudier le hollandais et le sessouto. Est-ce possible ? Il se passera donc encore bien du temps avant que je puisse prêcher. »

Enfin Coillard et ses compagnons de roule quittèrent le Cap, le 27 janvier 1 858.

cc Après avoir fait à Wellington, chez notre digne frère Bisseux, un séjour de quelques semaines (3o janvier au ig février), écrit Coillard au Comité de Paris ', nous chargeâmes nos wagons, nous nous y installâmes aussi bien que possible, et nous nous mîmes en route. Ainsi nous partîmes, M. Pellissier, M. Daumas et votre jeune missionnaire. Nous ne commençâmes pas notre voyage sous les auspices les plus favorables, loin de là. Les fortes chaleurs n’étaient pas encore passées, nos bœufs ne paraissaient pas être dans la meilleure condition, et les nouvelles que nous recevions du Karroo 1 2 que nous devions traverser, n’étaient pas de nature à nous tranquilliser. Convaincus, cependant, que nous suivions le chemin du devoir, nous avançâmes avec autant de confiance et de courage que de joie. Il serait long et monotone de vous faire suivre, pas à pas, notre route dans le désert. Chacun comprendra facilement que, pendant les premiers jours d’un pareil voyage, tout doit attirer et exciter l’intérêt d’un jeune Européen qui, pour la première fois, porte ses pas eu ces lieux solitaires. Lieux solitaires, en effet, où vous devez franchir une distance de plus de cent lieues sans rencontrer le moindre village, où, pendant de longues semaines, vous ne voyez d’autres créatures vivantes que quelques gazelles paissant en paix sur les montagnes ou quelques troupeaux de springbocks, bondissant dans la plaine, des autruches disparaissant au loin à votre approche et, de temps à autre, quelques nuées de corbeaux et de vautours, tourbillonnant et croassant dans les airs, puis fondant sur les restes de quelque bœuf ou de quelque cheval abandonné par les voyageurs. Lieux solitaires ! le morne

1. Lettre de Béthulie, io juillet 1 858, imprimée dans J. M. E., 1 858, p. 36g et suiv.

2. Désert rocailleux que l’on traverse pour passer de la Colonie du Cap dans l’État d’Orange. (Ed. F.)

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