LA. MISSION DU LESSOUTO
vait leur faire manquer le but de leur long voyage. Et pourtant, Dieu voulut qu’une pluie torrentielle vînt, en un clin d’œil, transformer le lit desséché d’une rivière en un torrent impétueux; cette circonstance, peu agréable en elle-même, nous fournit le privilège de passer ensemble quelques moments bénis. Il appartenait bien à la digne Mmc MofTat de me rappeler cette devise africaine par excellence et qu’elle appuyait si bien de son exemple: « Patience, patience, patience! d Ce fut là que nous parvinrent les premiers bruits de la guerre qui menaçait d’éclater entre l’Etat Libre et le Lessoulo. Nous eussions désiré nous hâter ; mais nos bœufs, épuisés de fatigue, ne se tramaient qu’avec beaucoup de peine. A ce sujet encore, le Seigneur daigna se souvenir de nous. Nous étions près d’arriver à un village de la Colonie, l'horizon s’obscurcissait de plus en plus, les rapports confus que nous recevions en route de quelques bergers, nous montraient assez clairement que l’orage avait déjà éclaté sur le pays des Bassoutos. Aussi, grandes et vives étaient nos angoisses de ne pouvoir accélérer notre marche, lorsque nous rencontrâmes le fils de Molitsané, le chef de Mékuatling, et quelques-uns de ses gens qui, traversant un pays ennemi, nous amenaient, à plus de cent lieues, des bœufs frais pour nos deux wagons. Un tel acte accompli par un chef encore païen, par amour pour son missionnaire et dans des circonstances aussi graves, ne se recommandet-il pas, de lui-même et sans commentaire, à l’attention consciencieuse des chrétiens de France? Grâce à ce secours inattendu, nous espérions avancer rapidement et ne nous arrêter que là où nous devançaient les aspirations de nos cœurs. Le Seigneur en avait décidé autrement. »
La mission du Lessouto avait été fondée en 1 833 ; « les vingtcinq premières années avaient été consacrées à fonder une
F. COILLARD
église '. Les premiers missionnaires s’élaient avant tout préoccupés de planter fortement dans le sol le jeune arbre qui devait plus tard devenir grand et étendre ses branches au loin. Ils n’avaient pas voulu introduire des rouages nouveaux et nécessaires à une action plus étendue de leur œuvre, avant d’avoir soigneusement préparé le ressort moteur et soumis sa puissance à des essais prolongés et décisifs. »
En 1 858, la première période de l’histoire de la mission du Lessouto prenait fin ; Mabille « l’homme providentiel » allait arriver qui lancerait la mission dans des voies nouvelles. Mais, auparavant, une terrible tempête éclaterait, comme pour clore la première période et montrer que le jeune arbre était solide, que ses racines étaient profondes et fortes, et que désormais les branches pouvaient prendre de l’extension.
Ce fut en pleine tempête que Coillard arriva au Lessouto. Moshesh était, en 1 858, le seul grand chef au nord de l’Orange. Il y avait entre les Bassoutos et les Boers quelques tiraillements, mais c’était constant. Rien ne faisait prévoir un événement grave, lorsque, le 23 mars i858, la station missionnaire de Beerséba, qui se trouvait sur la frontière des Bassoutos et sur le chemin que les Boers devaient suivre pour pénétrer dans l’intérieur du pays, fut attaquée par les Boers, brûlée, les Bassoutos tués ou dispersés et le missionnaire Rolland chassé. De là, les Boers se rendirent à Hébron, où était M. Cochet, puis ils marchèrent sur Morija qui fut dévasté; M. Arbousset et sa famille en furent chassés. Les Bassoutos se replièrent sur Thaba-Bossiou, la forteresse du pays, où Moshesh attendait et où il défia les efforts de l’agresseur. Les Boers y arrivèrent le G mai. Quel ne fut pas leur étonnement de s’y trouver en présence de légions de Bassoutos postés dans les ravins, dans les gorges, sous les rochers et assez nombreux pour 11e pas laisser échapper un seul de leurs ennemis ? « Bientôt on vit les lions de la veille s’enfuir comme des gazelles. »
« A peine parvenus aux frontières de la Colonie, continue Coillard dans sa lettre au Comité, nous reçûmes les nou-