CONFÉRENCE MISSIONNAIRE
Conférence des missionnaires du Lessouto et d’une Conférence à Hermon. Oh ! quelle affaire que cette Conférence ! Je la désire et pourtant je la crains. Seigneur veuille toi-inème tout diriger.
Hermon, dimanche 7 novembre i858. — Il y a certainement quelque vice dans ma piété. Je ne suis pas conséquent dans ma profession chrétienne. Je sens bien certainement dans mon cœur le témoignage du Saint-Esprit qui m’assure de mon adoption; mais, dans ma vie et même dans mes sentiments, que de choses qui trahissent mon vieux cœur, ce vieil homme qui domine encore en moi avec tant de puissance !
Depuis qu’il est question d’une Conférence, je ne sais pourquoi, mais je suis troublé, agité, inquiet, et cela comme si j’étais moi-même l’arbitre de mon sort, comme si je n’avais point dans le Ciel un Père qui pense à moi, qui veille sur moi, qui prend soin de tout ce qui me regarde ! L’Ecriture dit : <a Ne vous inquiétez de rien; mais en toute occasion exposez vos besoins à Dieu avec des prières, des supplications et des actions de grâces, et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs en Jésus- Christ. » Voilà donc le secret de mon agitation intérieure, de ce malaise que j’éprouve, de ce manque de paix, de ce manque de joie, de cette mélancolie qui s’attache à moi comme une sangsue et qui me dévore comme la gangrène ! A vrai dire, il n’y a que deux sujets qui me préoccupent réellement : c’est la question de mon placement et celle de mon mariage. Pour la dernière, je suis intimement convaincu que Dieu lui-même dirigera tout; j’ai bien cette ferme conviction, et toute mon épreuve consiste à posséder mon âme par la patience et certes c’est beaucoup. Mais pourquoi cette foi, si faible déjà, se couvre-t-elle encore d’un nuage lorsqu’il s’agit de mon placement? Cependant,
F. COILLARD
je dois le dire, si l’on me demandait : « Où désirez-vous être placé? » je devrais répondre pour être sincère : « Je ne le sais, mais où mon Maître m’enverra. »
Une Ibis le traité de paix conclu et signé entre Bassoutos el Boers, les missionnaires du Lessouto avaient éprouvé un ardent désir de se réunir, pour s’entretenir de leurs épreuves communes et pour jouir une fois de plus, dans un esprit de prière, des douceurs de la communion fraternelle. Hermon fut choisi pour recevoir cette Conférence extraordinaire
La Conférence, convoquée pour le 10 novembre, fut quelque peu retardée; les décisions qui y furent prises ne manquent pas de crânerie : c’étaient les temps héroïques ! Les ruines de Beerséba fumaient encore et les missionnaires décidaient non seulement de réoccuper ce poste, mais de fonder deux nouvelles stations, dont l’une, Léribé, était dévolue à Coillard.
« C’est avec un sentiment de joie bien légitime, écrivait Coillard à M. Casalis, le 22 novembre i8581 2, que, pour la première fois, j’ai assisté à ces Conférences missionnaires dont j’avais tant entendu parler même en France, et je me hâterai d’ajouter que si j’ai été quelque peu surpris ce fut certainement en bien. Il me fallait assister à des réunions, à des Conférences comme celle-ci, pour apprendre à connaître et à apprécier quelque peu l’esprit général qui préside à la marche de notre œuvre. Je me sens fortifié, en voyant qu’on n’a pas prodigué la charité aux dépens de la vérité. Je me sens surtout fortifié et puissamment encouragé par les manifestations d’une foi expérimentée dont j’ai eu le bonheur d’être le témoin. Elles ont trouvé de l’écho dans mon cœur, ces voix éloquentes qui plaidaient avec cha-
1. Jousse, La Mission française évangélique au sud de l’Afrique, t. I, p. 4i 1.