SÉJOUR A HERMON
Bassoulos, je ne puis vivre sans les aimer; aussi je me ménage des déceptions parce que mon amour est peut-être autre que ce qu’il devrait être. Mon Dieu, Jésus, donne-moi de t’aimer par-dessus tout!
Un événement permet de constater combien Coillard aimait son œuvre de Léribé. Il fut appelé par la Conférence (25 juillet 1860) à Hermon, M. et Mme Dyke devant pour des raisons de santé se rendre dans la colonie du Cap.
Mardi 1 ^ août 1860. — Je suis dans une grande tristesse ces jours-ci. Je me prépare à quitter mon cher Léribé. La seule pensée de ce départ me brise le cœur. J’ai préparé mon wagon, je vais le charger et lundi, Dieu voulant, en i’oute ! Pauvre Léribé où j’ai tant soulFert ! tant souffert ! Mes larmes seront-elles vaines? Je suis désolé de voir que la plupart des frères sont opposés à ce que je reprenne ce poste. Me croit-on de bois avec un cœur de pierre? Ignoret-on que c’est précisément parce que j’ai souffert à Léribé que j’y suis d’autant plus attaché?
Coillard quitta Léribé le 21 août et, après avoir passé par Cana, Bérée, Thaba-Bossiou et Morija, il arriva à Hermon le samedi 8 septembre.
« Rien de moins grandiose, rien de plus triste que la vue qu’on a sur Hermon en y arrivant par les hauteurs, écrit-il au Comité. Au loin, des collines insignifiantes, parsemées comme des tombeaux dans la plaine; à vos pieds, le bassin d’un petit lac desséché qui mesure à peine une lieue dans sa plus grande largeur; sur l’un de ses bords, un petit hameau jeté au pied de collines pierreuses; sur l’autre, une demi-douzaine de chaumières délabrées, quelques huttes.
F. COILLARD
deux ou trois parcs abandonnés; plus bas, dans ce bassin, un petit groupe de constructions européennes, un bout de jardin, une cour plutôt, avec une poignée d’arbres tourmentés par le vent; plus bas encore, trop bas, hélas! une eau assez abondante que dispute au missionnaire une famille de métis ; puis, dans le fond, quelques jardins indigènes, le champ missionnaire, un peu de roseaux, une profonde ravine. Voilà Hermon, le triste Hermon ! »
Dès le lendemain il prêcha, puis il prit l’école en main ; le 27 septembre M. et Mme Dyke partaient et Coillard restait seul, chargé de cette nouvelle station. Ce n’était pas pour longtemps. Le 3 janvier 1861, il se remettait en route, vers le sud, pour rencontrer M1!e Christina Mackintosh, celle qui, désormais et durant trente années, devait partager ses travaux, ses fatigues, celle qui devait donner à son être intérieur la fermeté, la stabilité, la joie. Devait-il la trouver au Cap ou à Port-Elizabeth? Il était dans l’incertitude.
Le dimanche 27 janvier 1861, à six heures de Port-Elizabeth, il écrivait dans son journal :
Cette semaine, nous avons encore eu un fort heureux voyage. Seulement le mercredi (23 janvier), nous eûmes un petit incident que je rapporterai à ma honte. Je voulais que nous pussions partir avant le lever du soleil, mais je ne pus parvenir à mettre mes gens sur pied, ce qui me mit de mauvaise humeur. Ce jour-là tout semblait m’être contraire; c’était ceci, c’était cela, mille petites choses sur lesquelles j’aurais dû passer; je grondais à droite et à gauche, à tort et à travers. A la fin, Nkélé me fit une remarque à ce sujet, qui, toute juste et polie qu’elle était, me piqua au vif. Le soir, longtemps après le coucher du soleil, nous arrivons sur le bord du Fish Hiver que nous avions déjà traversé quatre ou cinq fois. Le gué était profond, et les bords