‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 120 sur 138 · FIANÇAILLES ET MARIAGE · texte numérisé non relu

FIANÇAILLES ET MARIAGE

La famille Mackintosh. — Enfance de Christina. — Sa conversion. — Paris. — Premières rencontres avec Coillard. — Un missionnaire doit-il être marié ? — Démarches infructueuses. — Angoisses. — Seul ! — Oui ! Lettres de Coillard à sa fiancée. — Une première rose et une immortelle. — Parenté spirituelle. — Visite de Christina à Asnières. — Son départ pour le Cap. — Mariage. — La vie à deux. — Madame Coillard. — Conclusion.

Les Mackintosh sont une ancienne famille écossaise ; dans les luttes du dix-septième siècle, elle s’était rangée du côté des Stuart ; cet esprit jacobite, fait de loyauté et de combativité, se retrouve chez plusieurs membres de la famille. Le père de Christina, le Révérend Lachlan Mackintosh, né en 1770, pasteur à Greenock, épousa, à l’âge de quarante-six ans, une jeune fille de dix-neuf ans, Christina Stewart, dont il eut neuf enfants. Obligé à de nombreux voyages dans le Royaume-Uni, pour l’église baptiste, il s’installa avec sa famille à Edimbourg ; il n’avait d’autres ressources que ses maigres appointements. Malgré cette gène très réelle, une vraie noblesse de cœur et d’esprit régnait au foyer d'Annandale Street. Les parents eurent soin de mettre leurs enfants en garde contre les ambitions vulgaires et contre les dangers d’un train de vie vers lequel auraient pu les entraîner leurs talents, mais qui n’eût pas été conforme à leurs ressources. Deux genres de conversation, entre autres, étaient bannis de la maison : les questions d’argent, les questions de mariage. « On vous donne une bonne

F. COILLARD

éducation afin de vous rendre indépendantes du mariage », disait la mère à ses filles.

Chfistina, la quatrième enfant de la famille (nous ne comptons pas un enfant mort en bas âge), naquit le 28 novembre 1829, à Greenock, par une nuit d’ouragan. Son père, voyant se développer en elle une nature autoritaire et passionnée mais aussi très aimante, avait coutume de dire d’elle : « Elle est née dans un orage, et elle vivra toujours dans un orage. » Il ne croyait pas dire si vrai.

Lachlan Mackintosh était constamment absent et voyait peu ses enfants ; ce fut un frère aîné de sa femme, médecin, célibataire, qui s’occupa d’eux. Son extrême sévérité les faisait vivre dans une atmosphère de tristesse et de condamnation ; la tendresse de la mère 11e parvenait pas à combattre cette fâcheuse influence. Heureusement les deux aînés, Kate et Daniel, jouèrent pour les plus jeunes le rôle de parents. Tous deux étaient admirablement doués au point de vue moral et intellectuel et ils possédaient un charme et une distinction qui leur ouvraient toutes les portes. L’éducation donnée par eux était sérieuse : « Comme délassement, écrit Daniel, je donne à mes petits frères (le plus âgé des trois n’avait pas huit ans) les poèmes de Milton et les échecs », et les élèves goûtaient ces récréations peu banales.

Le caractère indépendant de Christina se montra de bonne heure. « Elle est née pour devenir une héroïne », disait un de ses frères ; et on l’en plaisantait. Elle était très ambitieuse. Une nuit, sa sœur cadette l’entendit pleurer : « Pourquoi est-ce que tu pleures ? » lui demanda-t-elle. « Oh ! c’est l’affreuse pensée que je dois mourir et m’étendre dans un étroit cercueil, sans que personne sache seulement que j’ai existé. »

En matière religieuse, elle eut un développement précoce ; déjà avant sa conversion, elle aimait beaucoup la Bible et les exercices de piété. Mais, dans ce domaine aussi, elle conservait son indépendance. Ainsi, elle avait été élevée dans le sabbatisme le plus rigide ; or, un dimanche, elle s’enferma à clef dans sa chambre et se mit à coudre, s’attendant à voir tomber sur elle le feu du ciel ; aucune flamme n’apparut. Cette expérience faite, elle continua à observer le repos dominical, mais cette observance fut dépouillée pour elle de tout formalisme superstitieux. Elle était, du reste,

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