ENFANCE DE CHRISTINA MACKINTOSII 32 I
absolument contraire au formalisme. Ses convictions, ses principes étaient carrés et rien ne pouvait en arrondir les angles.
Très jeune encore, elle assista à une réunion missionnaire où Mofifat présenta la petite Sara Robey, une petite Bechuana, qu’il avait sauvée d’un tombeau où ses parents l’avaient enterrée vivante. Cela lui fit une profonde impression. Dès ce jour, elle se passionna pour les missions ; elle voulut s’abonner à un journal missionnaire, et, comme ses quelques sous n’y suffisaient pas, elle insista auprès de sa sœur cadette pour qu’elle s’associât avec elle. La petite n’en avait aucune envie, mais céda sans mot dire.
Les filles de la maison avaient beaucoup à coudre et à recoudre pour leurs trois petits frères, surtout après le départ de la sœur aînée, Kate, qui dut, de bonne heure, quitter le toit paternel pour gagner sa vie comme institutrice. Christina détestait le travail à l’aiguille; elle le détesta toute sa vie (sauf la broderie); elle abhorrait surtout les raccommodages. Un jour, elle se livrait à ce travail détesté; tout d’un coup elle se lève, jette à sa sœur le bas qu’elle reprisait : « Il y a assez longtemps que je fais ce métier, dit-elle, tu peux le faire maintenant. » La sœur ne dit mot. Nul ne soupçonnait la raison pour laquelle Christina désirait pouvoir disposer de ses loisirs : elle voulait visiter les pauvres.
Après les heures d’école, la fillette de quatorze ans s’aventurait dans les plus mauvais quartiers d’Edimbourg ; mais Dieu envoyait ses anges pour la protéger au milieu des dangers et du vice. Les siens n’en savaient rien : un jour, cependant, c’était en hiver, le froid était vif, Christina insista auprès de sa sœur pour qu’elle l’accompagnât ; elle la conduisit dans une ruelle, dans une affreuse cour, elle monta un mauvais escalier et pénétra dans une chambre, laissant sa sœur dehors. Après une longue attente, celle-ci vit la porte s’ouvrir et, par l’entrebâillement, elle distingua, dans un taudis sans meubles, une femme et plusieurs enfants à peine vêtus. Christina sortit : « Ote ton jupon de laine, dit-elle à sa sœur, je leur ai déjà donné le mien » ! Les deux étaient neufs. La petite sœur obéit et rentra en grelottant. La mère ne gronda pas; elle approuvait les manifestations de cet esprit de sacrifice. Christina, durant toute sa vie, rechercha le même esprit chez les autres, et, parfois, lorsqu’elle ne le trouvait pas, elle ne dissimula pas son douloureux étonnement.
F. COILLARD
F. COILLARD
Christina et ses sœurs firent leurs classes dans deux excellentes institutions ; à l’âge de quatorze ans, Christina étudiait déjà la géométrie, la perspective, la géologie, la botanique, le français, l’italien, l’arithmétique supérieure, le dessin d’après la bosse.
Christina se distingua à l’école; mais, comme elle disait plus tard, elle était encore morte pour tout ce qui concernait son âme. Ses premières impressions religieuses vraiment personnelles datent de la mort de son frère Daniel, en 1846. Ce frère était l’idole de toute sa famille ; caractère fier et fort, il était plein de tendresse pour tout être qui souffrait, mais impatient de toute autorité. Après être entré dans les affaires, il s’était converti et il mourut en pleine paix. Cette mort fut féconde pour plusieurs de ses frères et sœurs. Christina, alors âgée de dix-sept ans, fut profondément remuée; mais comment trouver la paix avec Dieu? Elle n’en avait pas la moindre idée. Exactement comme François Coillard, elle traversa de terribles angoisses sans oser en parler à qui que ce fût. A l’âge de dix-huit ans, elle termina ses études ; avant de lui chercher une occupation, ses parents l’envoyèrent, pour fortifier sa santé, passer quelques mois dans une ferme du comté de Perth, chez son grand-père maternel. Sa grand’mère, morte depuis peu, une vraie femme des Highlands, d’un caractère ferme et droit, d’une grande instruction et d’une intelligence remarquable des choses de Dieu, avait déjà cherché à calmer l’orage qui grondait dans le cœur de sa petite-fdle ; sur son lit de mort, elle lui avait cité ce passage : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. » (Jean xiv, 27.)
Les impressions d’enfance que retrouva Christina dans cette ferme, encore remplie du souvenir de sa grand’mère, la préparèrent à entendre d’un ami de la famille, M. Hugh Rose, une parole qui réalisa en son cœur le vœu de l’aïeule, en lui montrant l’amour de Dieu manifesté dans le sacrifice de Jésus. Parlant de ce grand changement survenu dans sa vie, Christina écrivait, plus tard, à sa sœur cadette qui venait de faire la même expérience : « Je me souviens de la joie ineffable que j’ai ressentie au moment où j’ai pu dire : « Je crois, Seigneur ! » et de la joie qui remplaça dans mon cœur toute la misère et toutes les ténèbres du doute auxquelles j’avais été si longtemps en proie. Je puis
PARIS
dire en toute vérité que, regardant à Jésus, je n’ai pas même l’ombre d’un doute au sujet de son amour pour moi et de ma participation au salut qu’il a apporté à ses enfants. » Christ ina avait trouvé la paix.
Elle entra dans une famille comme institutrice et elle eut à lutter avec des garçons qui étaient de vrais démons. Si cette première expérience fut dure, celles qui suivirent eussent plutôt risqué de gâter une jeune fille qui devait faire son chemin et surtout qui devait devenir la femme d’un pionnier africain.
En 1 855, sa sœur aînée, Kate Mackintosh, fut appelée à Paris comme directrice d’une sorte d’agence destinée à fournir un foyer chrétien aux institutrices anglaises qui se trouvaient dans cette ville. Avant son départ, un jour qu’elle parlait, dans un salon ami, de son dessein d’emmener avec elle une de ses sœurs : « Prenez miss Christina, lui dit-on, elle a les manières d’une duchesse. » Miss Kate ne suivit pas le conseil et partit avec la plus jeune de ses sœurs, Joanna. Elle se lia très intimement avec les dames André. C’est dans le salon de Mme André-Walther, rendez-vous de tous les protestants, des plus humbles comme des plus haut placés, qu’elle fit la connaissance de Coillard. On se rappelle leur première rencontre1.
Christina ne rejoignit sa sœur qu’en 1807, après la mort de son père ; elle donnait des leçons d’anglais et remplissait les fonctions de daily governess dans des familles où elle fut bientôt reçue en amie et traitée comme une fille de la maison. Après l’austérité de l’Ecosse, elle s’épanouit dans ce milieu. Si parfois elle paraissait indifférente aux caresses du monde, cette indifférence ne donnait à son charme que quelque chose de plus piquant.
Dans une lettre écrite à sa mère, au moment de ses fiançailles, c’est-à-dire trois ans plus tard, Coillard a noté les premières rencontres. Il fut vu avant de voir :
« Elle me vit pour la première fois dans une réunion de missions que je présidai à Paris le lendemain ou le surlendemain de mon retour d’Asnières (premiers jours de juillet