‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 126 sur 138 · OUI · texte numérisé non relu

OUI

« Quels que soient le zèle et l’activité d’un jeune missionnaire, écrit-il à Mlle Mackintosh après leurs fiançailles, encore son ministère isolé sera-t-il sans poids aux yeux du grand nombre, encore restera-t-il en dehors de son action une œuvre, une grande œuvre, une œuvre importante, une œuvre, en un mot, qu’il lui est impossible d’accomplir luimême, et qui est réservée «à la vocation missionnaire, à l’activité, au zèle et à la foi d’une femme. »

« Je me résignais et je croyais avoir offert sur l’autel du sacrifice mes plus chères affections, écrit Coillard à sa mère, lorsqu’une lettre de M. Berger vint me demander la raison pour laquelle je n’avais point réitéré ma demande. Il demandait une prompte réponse, car, disait-il, il s’était de nouveau occupé de l’alTaire. Je lui expliquai le tout, dans une lettre du 12 février 1860; je lui dis combien j’étais triste de ce qu’il m’eût donné une lueur d’espoir, que je le suppliais de ne rien forcer et de me laisser accepter avec résignation la position que Dieu m’avait faite. Je ne joignis pas même un mot pour Mlle Mackintosh et, miracle d’amour de mon Dieu ! c’est elle qui me répondit que, dans peu de mois, elle serait la compagne de ma vie. »

Que s’était-il passé à Paris? M. Berger avait soumis à Mlle Christina Mackintosh la lettre de Coillard du 12 février 1860, et elle y avait vu un appel réitéré de Dieu; d’autre part, les sentiments d’amour personnel qui y étaient exprimés la rassurèrent sur son avenir et lui donnèrent le courage de tout abandonner.

Coillard expliqua plus tard à MUe Mackintosh pourquoi il ne lui avait pas récrit directement :

« Je ne voulais rien forcer dans notre union, vous laisser seule et libre, en présence de notre bon Dieu. Je redoutais le malheur d’exagérer mon amour pour vous ou tout au moins de lui donner de fausses couleurs et d’influer sur

F. COILLARD

votre décision. Oh! malheureux serais-je, si dans une question d’une importance telle, je forçais les voies du Seigneur et vous induisais dans un sentier détourné! Je voulais que votre oui ou que votre non fût un oui ou un non libre et sans contrainte. Je voulais non vous éclairer, moi, mais que mon Dieu lui-même, selon sa promesse, vous guidât de son œil.

« Le Seigneur m’avait commandé, à moi aussi, de sacrifier mon Isaac, et, après l’avoir mis sur l’autel du sacrifice, je ne m’attendais plus à le recouvrer d’une manière aussi miraculeuse.

« Que je suis heureux que vous voyiez clairement la volonté de Dieu dans notre union ! Ce sera pour vous, plus tard, une source de force et de consolation. Car, au jour du chagrin ou de l’épreuve, lorsque Satan vous soufflera au cœur et vous dira: « Qu’es-tu venue faire ici? » vous pourrez lui répondre avec courage et dire : « Dieu, mon Dieu, m’a dit: Va, et j’ai obéi! »

Ce oui arriva à Léribé le 5 juillet 1860 et immédiatement Coillard prend la plume à l’adresse deMIle Christina Mackintosh :

« Je renonce à dépeindre les impressions qui ont bouleversé mon cœur à la vue seule de votre lettre. Ce matin, en me levant, tout plein de votre pensée, je cherchais sur les grandes eaux la trace de vos lignes : Quelques jours encore, me disais-je, et elles arriveront au Cap, quelques semaines encore et elles me parviendront ici, et je cherchais, dans la prière, la force et la consolation dont mon pauvre cœur avait besoin. Que j’étais loin de penser que, peu d’heures après, pendant que je serais à mon école, ces nouvelles tant désirées me seraient remises, un mois plus tôt que je ne m’y attendais! Oh! certainement le Seigneur est bon !

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