LETTRES DE COILLARD A SA FIANCÉE
« Je fus pendant plus d’une heure dans une agitation qui ne me permit pas de lire vos lignes. Je marchais à grands pas, priant, bénissant Dieu. Mais les émotions d’un cœur qui aime, et qui peut aimer sans déception, se peuvent mieux comprendre que décrire. »
Dès lors, les lettres de Coillard à Mlle Cliristina Mackintosh sont nombreuses. Les détails pratiques sur ce qu’il faudra apporter pour compléter le ménage du célibataire, sur les mesures à prendre pour le voyage et pour le mariage qui sera célébré au Cap, y côtoient les assurances de l’amour le plus passionné ; Coillard y donne maints détails sur sa vie à Léribé, sur sa famille, sur son enfance, etc. ; il y prodigue aussi à sa fiancée, au sujet de la séparation d’avec les siens, les encouragements et les expressions de la plus touchante sympathie.
Telle lettre commencée en français continue en anglais (Léribé, 19 août 1860) :
« A propos, laissez-moi vous féliciter pour la facilité avec laquelle vous maniez le français. Vous saurez que je suis passionné pour votre langue maternelle, et cela a toujours été pour moi un doux rêve que celui de parler anglais dans mon ménage. Malheureusement je vous ferai rire par ma drôle de prononciation. Vous m’enseignerez, n’est-ce pas? Et surtout n’oubliez pas d’apporter quelques bons ouvrages de littérature, d’histoire, etc., que je vous lirai au coin du feu, pendant nos douces veillées. La demande que vous me faites de sacrifier le nom que j’ai reçu de mon père et de ma mère, est, en vérité, trop plaisante et trop aimable pour qu’un cœur qui vous aime puisse vous la refuser. Que je sois donc Frank au lieu de ce François que j’ai toujours été depuis vingt-six ans, pourvu que je sois votre ami.
« Si je terminais ma lettre, je signerais: Votre affectionné Frank Coillard. Mais ce mot de Frank sonne si drôlement
F. COILLARD
à mon oreille ! C’est curieux que, dans la famille, on m’ait toujours désigné par mon nom de famille et jamais par celui de François. Ma mère disait: « Mon petit », mes frères et sœurs: <c le petit frère », mes neveux et mes nièces: « le petit oncle », tous les protestants d’Asnières : « le petit cousin Coillard ». Ce n’est qu’à La Ferté-Imbault que l’on m’a appelé François. Encore disait-on: « le petit François ». Vraiment il faut que je sois bien petit pour que ce sobriquet m’ait suivi en Afrique ! Avez-vous bien pris votre parti d’avoir un petit mari? Il peut au moins vous assurer qu’il a un grand cœur qui bat pour vous. »
A ces lettres jaunies par le temps (de Léribé 16 et 29 juillet, 10 août, 19-29 août, de Morija 2 septembre, d’Hermon 3 octobre) se trouvait joint un papier soigneusement plié. Devais-je l’ouvrir? Déjà, dans d’autres occasions, cette question s’était posée à mon esprit ou plutôt à ma conscience ; elle devait se poser encore ; ce pli avait quelque chose de mystérieux et le soin qu’instinctivement je mis à le refermer, trahissait comme le désir d’efl’acer toute trace d’un acte qui aurait pu ressembler à une profanation.
Dans ce pli se trouvaient quelques débris de fleurs séchées, avec ces mots :
« A toi, ma tendre et bien-aimée Christine, je présente les premières roses du printemps qui aient charmé mes yeux.
« Hermon, 16 octobre 1860. »
F. Coillard.
Et à la même date, dans son journal, Coillard écrivait :
Un rosier sur ma fenêtre s’est couvert, ces jours-ci, de boutons qui ont commencé à s’épanouir hier. Oh ! combien, ma douce Christine, j’aurais désiré te l’offrir, celte fleur, symbole de notre amour, qui charma mes yeux ! Tu n’étais