‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 128 sur 138 · UNE PREMIÈRE ROSE ET UNE IMMORTELLE · texte numérisé non relu

UNE PREMIÈRE ROSE ET UNE IMMORTELLE

point près de moi, mais cette fleur, je l’ai conservée dans la plus belle feuille de papier que je possède !

Tu la verras ilétrie, desséchée, mais tu sauras qu’ainsi passent nos plus pures jouissances ici-bas, qu’ainsi passerait notre amour lui-même, si nous n’avions pas l’espérance qui ne confond point!... L’autre jour, dans la dernière lettre que je t’envoyais, je voulais glisser une charmante immortelle rose que j’ai cueillie sur la montagne de Léribé, que j’ai admirée deux ans sur ma cheminée et qui est aussi vermeille que le premier jour. C’est là notre union éternelle. Je trace ce mot avec assurance, avec joie : éternelle !

Cette union, rêvée par la nature profondément aimante de Coillard, s’est réalisée pour lui. Dans ses amitiés de jeunesse, il n’avait jamais voulu ou jamais pu se donner entièrement. Cette fois, il se donna pour ne jamais se reprendre. La tendresse et la poésie de cet amour ont duré jusqu’au dernier jour.

Lorsque la mère de Christina, qui ne connaissait pas Coillard, apprit la décision de sa fille, elle lui écrivit :

« Je ne dois point vous donner à l’œuvre du Seigneur en murmurant, mais volontairement. Car II aime celui qui donne joyeusement. Elle allège considérablement les peines de la séparation, cette pensée que vous allez vers quelqu’un dont le cœur semble si dévoué au Seigneur. Aussi longtemps que je vivrai, ma prière pour vous deux sera que vous puissiez être l’un pour l’autre un aide plein de foi et de joie dans le Seigneur, c’est qu’il vous soit donné beaucoup d’âmes pour votre salaire et que plusieurs vous soient une couronne de gloire auprès de Christ.

« C’est un vaste champ; allez, mon enfant chérie, et y travaillez ! Que le Seigneur récompense ton travail et qu’une pleine récompense te soit donnée de la part du Seigneur Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu as mis ta confiance. »

De son côté, la sœur aînée de Christina écrivait à Coillard : « C’est avec une vraie joie que je vous appelle mon frère, et, quoique mon cœur souffre bien à la pensée d’une telle séparation, je suis tellement convaincue que c’est la volonté de Dieu et que

F. COILLARD

c'est Lui qui nous la demande, que je n’ose pas regretter notre perte. Elle est grande, cher frère, cette perte, car vous avez encore à apprendre quel trésor d’amour et de zèle, de dévouement et d’énergie, renferme ce cœur ardent. Si jamais la vocation missionnaire était claire et prononcée, c’était chez elle. C’est donc avec toute son âme qu’elle se donne à l’œuvre... et à vous aussi. Ne craignez pour elle ni les privations ni les sacrifices. Elle a le courage et la force de tout quitter pour Dieu. Votre affection rendra tout facile, car aimer et être aimée, c’est tout pour elle. »

En revanche, dans le monde protestant de Paris, celte décision ne fut pas comprise. Les uns parlaient de mésalliance, les autres ne pouvaient approuver le départ pour l’Afrique d’une jeune fille qui semblait faite pour les salons, d’autres enfin avaient trouvé pour leur indignation une expression ingénieuse : M1,e Christina Mackintosh était baptiste.

« Vous pourriez tranquilliser certains amis, lui écrivait Coillard (ig août), en les assurant que nos opinions religieuses ne sont peut-être pas si différentes qu’ils le craignent. Certains amis pourraient croire, à tort, qu’en vous épousant, j’épouse aussi du même coup vos principes et vos opinions. Je vous avouerai seulement que, sur cette question, je ne suis point encore assis. Une chose m’étonne en lisant l’Evangile, c’est la facilité (nous dirions de toute autre chose, la légèreté) avec laquelle les apôtres et les premiers disciples administraient le baptême. Mais c’est un point sur lequel je ne suis pas assez éclairé pour rompre avec un passé qui a ses préjugés, sans doute, mais aussi ses souvenirs, et avec des frères dont je partage le champ de travail. Mais de cela, chère amie, nous aurons le temps de parler. »

Et, à ce propos, il n’est pas sans intérêt de remarquer qu’un lien profond existait entre Mlle Mackintosh et Coillard : tous deux

CHRISTINA A ASNIERES

étaient enfants du Réveil. D’une part, le père de Christina avait été un des premiers élèves des frères Haldane; il leur devait son entrée dans le saint ministère; plus tard il avait été chargé par Robert Haldane de la direction d’une école d’évangélistes dans le comté d’Inverness ; enfin les Mackintosh faisaient partie de l’église des Haldane, du Tabernacle d’Edimbourg. D’autre part, Robert Haldane avait eu une grande influence sur le Réveil à Genève et en France, et indirectement sur les pères spirituels de Coillard : Ami Bost, Jaquet, Jeanmaire, Hocart.

Enfin Coillard et les Mackintosh, tout en se rattachant au Réveil, n’avaient rien d’étroit. Coillard fut détourné du darbysme, il se sentit très attiré par le méthodisme, mais, comme il le disait lui-même : « J’éprouve une grande sympathie pour tous les frères dissidents, je les aime, je les crois dans le vrai; mais je ne crois jamais sortir de l’église nationale. » Le baptisme, il le comprendra sans le mettre en pratique, et plus tard il fera de même pour la guérison par la prière.

Réveil, vie, largeur, tel fut le terrain où se rencontrèrent deux individualités, l’une venant d’Edimbourg, l’Athènes du Nord, l’autre sortant du milieu paysan du Berry.

Mlle Christina quitta Paris et alla avec sa sœur Ivate faire ses préparatifs de départ et ses adieux en Ecosse ; puis elle revint faire la connaissance de la famille de son mari à Asnières. Elle logea chez M. le pasteur Diény :

« Vous allez donc voir ma mère, ma bien-aimée mère, lui écrivait son fiancé. Ce sera le plus beau jour de sa vie! J’aurai bien des choses à vous dire d’elle plus tard et vous verrez que ce n’est point sans raisons qu’elle occupe une si large place dans mon cœur. Oh ! je me réjouis pour elle ! Elle me disait en partant: « Si seulement je te voyais partir marié! » Aujourd’hui, elle va voir mon épouse, et sa joie, j’aime à me la représenter! Pauvre mère, elle sera peu libre avec vous, ne vous connaissant pas, et je crains que vous ne soyez désappointée. Mais, puisque je l’aime, comment

F. COILLARD

pourriez-vous ne pas l’aimer? Que votre visite soit bénie pour elle et pour mes frères et sœurs !

« Je vais ces jours-ci donner libre cours à mon imagination et vous suivre à Asnières. Si seulement je pouvais, un instant, vous servir de cicerone, je pourrais vous conduire à ce bois, ou dans ce chemin solitaire où j’aimais à me retirer seul avec mon Dieu et à méditer sur son amour. Ici ce serait ma chambre, là un arbre, ailleurs quelque autre objet qui pourrait vous dire mon nom et dont je garde un doux souvenir. Cher Asnières, où j’ai grandi au milieu des épreuves, sous les soins de ma mère ! Cher Asnières, où j’avais choisi mon tombeau, auprès de celui d’une sœur tendrement aimée ! Cher Asnières, où j’ai débuté dans le saint ministère avec tant de bénédictions ! J’aime mon Asnières et, dans nos longues soirées d’hiver ou dans le désert au clair de la lune, il faudra bien souffrir que je vous en parle. Allez donc et que le Seigneur vous accompagne ! »

Mlle Mackintosh devait partir pour l’Afrique avecM. et Mme Frédéric Ellenberger. M. Ellenberger avait été consacré le 4 novembre 1860 ; le 5 novembre, M. et Mme Ellenberger et MUe Mackintosh faisaient leurs adieux à Paris, et, le 8, ils partaient pour Londres1. Le 23 novembre, ils s’embarquaient à bord du John Williams, petit voilier qui allait, avec quelques agents de la Société des Missions de Londres, faire son service, d’île en île, dans le Pacifique.

Quelques jours après le départ de sa sœur, Mlle Kate Mackintosh écrivait à la mère de Coillard (29 novembre) : « Christina a beaucoup souffert en se séparant de sa mère, de ses frères et sœurs, mais elle était en pleine paix, sentant que le Seigneur était avec elle et que c’était sa volonté qu’elle faisait. Il faut que

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