‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 129 sur 138 · MARIAGE · texte numérisé non relu

MARIAGE

vous sachiez aussi, chère amie, que sa mère qui n’ose pas espérer la revoir dans ce monde, se trouve bien heureuse de donner son enfant à Dieu. Elle aime mieux la savoir missionnaire que princesse, et c’est cette joie que je prie le Seigneur de vous donner au sujet de votre bien-aimé fds. »

La dernière lettre que Christina Mackintosh avait reçue de Coillard avant son départ, se terminait ainsi :

« Que le courage ne vous manque pas, que votre cœur ne défaille point au moment de quitter les rives de la patrie. Christina, souvenez-vous du précepte de l’apôtre : « Soyez toujours joyeux. »

Elle était partie, mais sans joie; elle aimait le missionnaire, elle ne connaissait que peu l’homme. Elle se savait appelée par Dieu, elle obéissait. Mais c’était pour elle un sacrifice tel qu’elle n’eût pas pu en rêver un plus grand. Élevée depuis l’âge de dixhuit ans — elle en avait trente — dans des maisons riches, elle y avait été choyée; elle était très intellectuelle, spirituelle; elle aimait la société; les travaux du ménage lui étaient antipathiques. L’Afrique était pour elle le tombeau de toutes ses ambitions et de tous ses goûts.

Durant le séjour qu’elle fit à Asnières, elle s’attacha beaucoup à sa future belle-mère ; mais combien différent était ce milieu de celui d’où elle sortait ! Ne dut-elle pas en concevoir quelques appréhensions ? L’union de deux êtres ayant reçu une éducation si différente, pourrait-elle être absolument complète ? De semblables questions, les craintes, les regrets se présentaient à son esprit et à son cœur, et, durant tout le temps de ses préparatifs de départ comme pendant le voyage, ses larmes coulèrent.

Le voyage fut bon, à l’exception de quelques jours d’orage dans le golfe de Biscaye, et au bout de soixante-deux jours, le 24 janvier 1861, les voyageurs débarquaient au Cap. Coillard, qui était encore à Porl-Élizabeth le 28 janvier, arrivait à son tour, après la course folle que l’on sait, pour entendre, de la bouche de sa fiancée, ce propos qu’il aimait à répéter : « Je suis venue faire avec

F. COILLARD

vous l'œuvre de Dieu, quelle qu’elle soit, et, souveuez-vous-en, où que ce soit que Dieu vous appelle, vous ne me trouverez jamais en travers du chemin du devoir. »

Dès leur première rencontre, Miss Christina comprit qu’elle ne s’était pas trompée et qu’elle avait bien placé son affection.

Le mariage fut célébré le 26 février et, après une semaine passée à Ivalk-Bay, les jeunes époux revinrent au Cap faire leurs préparatifs de départ.

Le 20 mars, ils s’embarquaient pour Algoa-Bay, et de là, par terre, ils gagnaient leur station de Léribé où ils arrivaient le 9 juillet, après un « voyage très long et extrêmement fatigant ».

La vie à deux, le travail à deux, Coillard les décrit à sa mère dans une lettre du 20 octobre 1861 :

« Je vous assure que chacune de nos journées est bien remplie. Je me lève tous les jours avec le soleil pour faire la prière avec les Bassoutos dans la chapelle. En rentrant à la maison je trouve ma tendre compagne qui a fait préparer le déjeuner. Notre table est mise dans la chambre du milieu. Le mardi et le vendredi, une classe, encore peu nombreuse, de personnes qui s’enquièrent du salut de leur âme me rappelle à la chapelle. Ensuite c’est l’école qui a lieu tous les jours excepté le samedi. Christina donne, deux fois par semaine, une leçon de couture, pendant laquelle j’enseigne l’écriture à de petits garçons et j’écris mes lettres.

« Le jeudi après-midi, j’ai une classe d’enfants baptisés, et, le mercredi après-midi, nous allons à cheval, Christina et moi, évangéliser dans les environs. Après le coucher du soleil, la cloche nous appelle de nouveau à la prière. H y a toujours plus de monde que le matin. Je traduis un chapitre de l’Ancien Testament que j’accompagne quelquefois de courtes remarques. C’est là la fin de notre journée missionnaire, pendant laquelle, outre et entre les occupations que je viens de mentionner, il a fallu faire beaucoup d’autres

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