A DOUZE ANS
devant une grande et belle maison. C’était chez un général. On me fit entrer dans le vestibule, une dame vint, elle admira mes fleurs, me donna, avec une caresse, de l’argent blanc que je n’avais pas encore possédé, elle me demanda de qui j’étais l’enfant : « Je suis l’enfant de la mère Bonté » ; il me semblait que tout le monde connaissait la mère Bonté ; elle sourit et me dit de revenir toutes les semaines. C’est ma mère qui fut étonnée quand je lui remis l’argent blanc ! « C’est le bon Dieu ! » disait-elle. Je n’allai plus porter mes fleurs au marché pendant toute la saison.
Je pouvais avoir environ douze ans alors \
C’est ainsi que s’écoulèrent quelques années les plus douces, les plus belles de ma vie. Souvent, à cinquante ans de distance, je reporte mes pensées sur cette époque, si riche en souvenirs ineffaçables. Il se peut qu’à travers la brume du long intervalle qui m’en sépare, certains souvenirs prennent des proportions qui, pour d’autres, sembleront exagérées. Mais ils sont si vivants que je me fais violence pour ne pas les multiplier.
i. Tout cela se passait durant le ministère d’Ami Bost à Asnières, soit durant les années 1 843 à 1 846. (Ed. F.)