ASNIÈRES, FOËCY, LA FERTE I 8^J 5- 1 85 I
La famille Bost. — Son départ d’Asnières. — Une mort. — Premières leçons de latin. — Veillées d’hiver. — La révolution de 1 848. — Une étrange bonne. — Il faut des livres ! — La misère. — En service au château de Foëcy. — Seul ! — Mésaventures. — Un appel à la conversion. — Première communion. — Mort d’une sœur. — La Sologne. — En service à La Ferté-Imbault. — Etudes à des heures indues. — Retour à Asnières. — « Il sera missionnaire ! » — Départ pour Glay.
Dans cet intérieur de la famille Bost je ne dirai pas qu’on respirât l’esprit missionnaire, non : il s’imposait, il pénétrait par tous les pores et prenait possession de votre être. Un des grands dons de M. Bost, ce n’était pas seulement d’exercer une activité personnelle dévorante pour faire le bien, mais encore de l’inspirer aux autres, à ses enfants tout d’abord. Il les associait, dans la mesure de leur âge sans doute, à tout ce qui l’intéressait; il était l’âme de cette belle famille. Il a raconté lui-même la grande réunion de tous ses enfants (juillet 1 845) 1 . Ces onze Gis qui, comme il le disait en riant, avaient « chacun une sœur », étaient venus de partout; c’était quelque chose de phénoménal. Le dimanche, tous, les uns par de petits discours, les autres par leurs
j. Mémoires, t. II, p. 34o-343. (Ed. F.)
F. COILLARD
chants, prirent part à un service spécial. L’un montait en chaire s’appuyant sur des béquilles : c’était le négociant Ami qui venait d’Ecosse. Un autre, dont la figure est restée bien gravée dans mon souvenir, nous parlait de ses enfants, de ses incurables; il avait touché les cœurs de ces pauvres paysans qui, au sortir du temple, disaient : « Voilà une belle famille! Et parmi eux tous, celui-là en a du cœur! Il est comme sa sœur. Ah! si nous l’avions comme pasteur avec Mademoiselle, c’est alors que l’Eglise prospérerait ! » Celui-là, vous l’avez deviné, c’était John Bost. Sa figure m’est restée gravée dans la mémoire et dans le cœur, si bien que, sans l’avoir revu, j’ai pu le reconnaître à trente ans de distance. Mais un autre que « celui-là » me fit une impression non moins profonde ; on l’appelait « le Missionnaire » : c’était Samuel Bost. Il nous captiva par ses récits, il nous montra de petites idoles qu’adoraient les païens. Pour moi ce fut un jour mémorable que celui-là. Je disais à ma mère : « Que c’est donc beau d’être un missionnaire ! » Et elle disait : « Oui, mon enfant, c’est bien encore plus beau que d’être pasteur! »
Depuis lors, l’intérêt missionnaire reprit vie parmi nous. MIle Bost nous parlait souvent de missions. Dans ces réunions, elle nous lisait et nous racontait ce qu’elle avait lu. Elle me prêtait de petits traités et me disait : « François, lis cela à la mère Bonté ! » Et, dans les longues soirées d’hiver, pendant que ma mère travaillait au coin du feu, cousait, tricotait, tillait le chanvre, je lui racontais tout ce que je savais, et je lui lisais l’histoire de Moïse Mousétsé et une foule d’autres récits. Et ma mère disait : « Il faut que les voisins entendent ça. » Et le lendemain — et souvent — les voisines apportaient leur travail et je lisais les récits missionnaires. Les noms des Casalis, Arbousset, Rolland, Pellissier, Lemue, comme ils nous étaient familiers ! Et de quelle