‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 36 sur 138 · H EN R [ JAQUET · texte numérisé non relu

H EN R [ JAQUET

FONDATION DE l’iNSTITUT DE GLAY

répondre avec de douces larmes : « Oui, Seigneur, j’irai; me voici pour faire ta volonté. » Que ne se passa-t-il pas alors entre le Seigneur et moi ! Pourquoi ces moments, qui remplacent en quelque sorte les visions d’autrefois, sont-ils si rares de nos jours?

« Tout ému, je me hâtai d’arriver chez moi et d’épancher mon cœur qui débordait comme les vaisseaux du sanctuaire ; mais, comme ma femme n’était point préparée à une communication si extraordinaire, qu’elle n’avait pas assisté à la fête de Beuggen, ni à l’appel du bois solitaire, elle fut loin de sympathiser avec ce qu’elle appelait un abus de mon imagination.

« Cependant le Seigneur avait parlé trop haut et trop clairement pour que je ue revinsse pas à la charge. J’examinai la chose devant Dieu et lui demandai de faire échouer cette entreprise si elle était au-dessus de mes forces ou si elle était contraire à sa volonté. Ma femme et moi, nous tombâmes enfin d’accord pour adresser une circulaire à nos amis de Bâle, afin de découvrir par eux quelle serait la volonté du Maître. L’accueil fait à notre circulaire, les dispositions favorables des autorités nous donnèrent à tous deux l’assurance que le Seigneur travaillerait avec nous et qu’il bénirait nos efforts. Nous eûmes à lutter contre ceux qui ne voyaient pas de bon œil cette entreprise, mais enfin nous parvînmes à jeter les premiers fondements de notre œuvre. »

Le 1 1 avril 1822, six jeunes gens, âgés de quatorze à trente-deux ans, furent reçus par M. et Mme Jaquet dans une maison louée à cet effet.

Le ier mai eut lieu l’ouverture officielle de l’institut. On sentit bien vite le besoin d’avoir une maison plus vaste et plus commode. M. Jaquet acheta, avec l’aide de quelques amis, un immeuble dans le village même.

Mais d’où viendraient les ressources? M. Jaquet n’avait rien. Alors lui vint à l’esprit, comme un message de Dieu, cette parole, devenue dès lors la devise de rétablissement : « L’Eternel y pourvoira! » Un jour se présenta un jeune homme, la casquette sur l’oreille. C’était un joueur de violon qui présidait aux danses des villages environnants. Il désirait s’instruire. M. Jaquet le reçut. C’était Samuel Roi-

F. COILLARD

land. Puis d’autres se présentèrent, puis d’autres encore. Les amis des environs, les vrais chrétiens, s’intéressèrent à ces petits commencements et fournirent leurs pites. Peu à peu, leur cercle s’étendit de proche en proche ; les ressources augmentèrent avec la croissance de cette œuvre naissante, et les résultats justifièrent pleinement la devise

L’inslitut de Glay en 1 85 1

de ce nouvel Abraham, homme de prière et de foi et le père spirituel d’un grand nombre d’enfants et de serviteurs de Dieu : « L’Éternel y pourvoira ! »

Dans celte atmosphère de paix et de contentement je jouissais d’une bonne part d’affection. J’étais apparemment heureux, et cependant je sentais que, malgré tout, il me manquait un je ne sais quoi indéfinissable que je respectais et enviais chez certains élèves plus âgés que moi. Je n’étais pas depuis longtemps à la maison lorsque survint un événement qui devait décider de la direction de ma vie.

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