LETTRE AU COMITE DES MISSIONS
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qu’elle était à la plus grande misère. Quoique bien pauvre et manquant souvent de pain, elle me fit cependant toujours suivre très assidûment l’école du village. Lorsque j’eus atteint ma quinzième année, notre instituteur tacha de me faire entrer à l’établissement de Glay. Déjà, avant lui, AI. Bost et AI. Guiral avaient aussi essayé de me placer dans quelque institut; mais mon âge, qui toujours avait fait défaut, fut encore un obstacle. Ma sœur aînée, avec laquelle ma mère s’était mise en ménage depuis peu, étant trop pauvre, je ne pus fréquenter l’école plus longtemps, et trop faible pour le rude travail de la vigne, il ne me restait d’autre ressource que d’aller servir. Je fus domestique pendant deux ans. Triste époque de ma vie! Eloigné de ma mère et de ses bons conseils, ayant sous les yeux de mauvais exemples, je finis par me lancer dans le monde et je devins le jeune homme le plus léger et le plus orgueilleux qui existe. J’avais la plus grande aversion pour la lecture de la Bible, la prière et les conversations sérieuses. J’avais la plus grande opinion de moi-même et ne pouvais supporter la moindre réprimande.
« Je fus bien malheureux pendant ces deux ans, sous tous les rapports; aussi je les appelle à juste titre mes deux années d’esclavage. Toutes les peines que ma bonne mère s’était données pour moi semblaient être perdues ; mais, au moment que je in’y attendais le moins, je quittai mes maîtres et j’entrai à l’institut de Glay, le 20 septembre 1 85 1 .
« J’entrai dans cette maison chrétienne, rempli des meilleures résolutions; mais elles s’envolèrent toutes comme la fumée, et je m’endormis plus profondément encore du sommeil de la mort.
« Pour me tirer de celte dangereuse léthargie, le Seigneur se servit de tant de moyens que je ne pourrais ici vous les détailler tous. Les brèches nombreuses que le Seigneur fit,
loG F. COILLARD ENFANCE ET JEUNESSE
en très peu de temps, à notre pauvre famille, les épreuves de tous genres dont il l’accabla, et surtout la mort chrétienne d’une de mes sœurs, que j’aimais de lout mon cœur, me furent bien salutaires; mais, pour me rendre attentif à ses appels, le Seigneur se servit d’abord de la mort d’une de nos domestiques qui, quelques jours avant d’entrer dans le repos éternel, nous parla avec tant de solennité des choses dont elle avait le cœur plein, que je ne pus plus longtemps fermer mon cœur à la voix de mon Sauveur. Cependant le diable, voyant sa proie près de lui échapper, ne restait pas oisif, et qui pourrait dire toutes les ruses (ju’il employa pour me retenir dans ses infâmes liens? Mais un Dieu plein de bonté veillait sur le pauvre Coillard et ne permit pas qu’il mourût, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. (Juelque temps après, ]\I. Jaquet nous fit la lecture du petit ouvrage de M. Ryle sur le Froment et la Paille. Ce qui produisit sur moi de si profondes impressions, ce fut cette terrible question qui me fut comme une épée à deux tranchants : « Etes-vous du froment ou de la paille? » Une voix intérieure me condamnait avec tant de force, mes péchés m’apparurent en si grand nombre, et je vis le précipice ouvert si près de moi, que je fus très effrayé. Dès lors, je ne pus goûter de repos; je restai dans cet état pendant deux mois et ce n’est qu’au bout de ce temps, après avoir longtemps différé et ne pouvant plus y tenir, que je fis entrevoir au bien cher M. Jaquet le triste état de mon cœur. Je lus quelques petits ouvrages qui me firent beaucoup de bien, et je m’efforçai de prier et de lire la parole de Dieu.
« Le Seigneur ne se fit pas longtemps attendre ; il versa promptement sur mon pauvre cœur brisé l’huile et le vin de son amour ; il me pardonna tous mes péchés et me fit goûter une telle paix, un tel bonheur que je 11e puis les décrire, car jusqu’alors ils étaient étrangers à mon âme.