IO
F. COILLARD
« M. Coillard parle avec facilité et correction. Il est fort intelligent et habitué à réfléchir. Ses connaissances profanes ne sont pas très grandes. Mais ce qu’il fait, il le fait bien. Nous pensons qu’il a suffisamment d’aptitudes pour acquérir toutes les connaissances qui lui seront nécessaires. Il ne possède encore aucune autre langue (pie sa langue maternelle. »
J’avais comparu devant la commission d’examen accompagné de mon bien-aimé père spirituel qui me recommanda chaleureusement à ces messieurs, et pas en vain, car, à partir de ce moment, quelques-uns me vouèrent une alïection que les années n’ont fait qu’aflermir. L’un de ces vénérables pasteurs était le pasteur d’Héricourt, Auguste Macler, le père du directeur actuel de l’institut de Glay, et un autre, le pasteur de Beaucourt, Eugène Berger. Ce dernier m’invita à le visiter chez lui; ce que je fis peu de temps après. Il me reçut dans son cabinet, en tête à tête, causa quelques instants avec moi; puis, posant sur sa table quelques feuilles de papier blanc, encre et plume, il se leva subitement, et me dit : « Mon jeune ami, asseyez-vous là, et écrivez-moi tout ce que vous venez de me dire sur votre conversion et voire vocation missionnaire ; personne ne vous dérangera et vous serez prêt pour le dîner. »
Sur ce, il quitte la chambre et ferme la porte. Il y avait dans tout cela quelque chose de si inattendu, de si soudain, que je n’en fus pas peu troublé. Je me jetai à genoux et criai à Dieu ; puis je m’assis et écrivis. M. Berger revint au bout de quelque temps, prit mes feuilles et les lut, et parut satisfait. M. Berger était un homme grave qui imposait le respect à tous ceux qui l’approchaient. Je me sentais attiré vers lui comme une tendre liane vers le tronc puissant d’un chêne séculaire. Après le dîner, il m’emmena au verger du presbytère et, pendant que ses Gis prenaient leurs ébats, il