LA. VIE AU MAGNY-DANIGON
laissa une impression indélébile. La petite église du village, située sur la place, était un vieil édifice mal éclairé, et si humide que les dalles en étaient toutes vertes. Le culte se célébra d’une manière toute nouvelle pour moi, selon le rite luthérien. Le local était comble; les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, celles-ci toutes vêtues de robes noires et la tête couverte de fichus blancs. Pendant que l’instituteur faisait les préliminaires du service, chant, lecture des commandements, etc., le pasteur resta dans un coin de l’église. Puis, à un moment donné, il s’avança, se tint à l’autel, et, après la partie liturgique, monta en chaire.
L’administration de la sainte Cène me prit par surprise; les communiants venaient à la file, et chacun, l’un après l’autre, s’agenouillait devant le pasteur officiant; il recevait, avec les paroles sacramentelles, l’hostie et la coupe, et cédait sa place au suivant. J’avoue que le courage me manqua et je restai cloué à ma place, à l’étonnement de mes nouveaux amis. L’après-midi, le grand salon du pasteur se remplissait de mômiers, hommes et femmes. C’était la réunion, celle d’une vraie famille. Quelle joie, quelle sérénité sur tous les visages! quel laisser-aller plein de décorum! Quel ne fut pas mon étonnement de voir tous ces paysans, hommes et femmes, une fois assis, prendre leurs cahiers de musique et chanter en partie des chœurs de toute beauté que nous ne connaissions pas même à Glay ! Après la réunion, trois ou quatre de ces jeunes gens vinrent passer le reste de l’après-midi avec moi, au jardin, sous un berceau de verdure. Us voulaient savoir si j’étais un chrétien de bon aloi. Je leur racontai ma conversion, ils me racontèrent la leur, et nous nous liâmes d’une amitié qui, même plus tard en Afrique, a été pour moi, par la correspondance avec ces bonnes gens, en grande bénédiction. Tous les petits moments dont eux et moi pouvions disposer, nous les passions
F. COILLARD
ensemble. Nous nous communiquions nos expériences; nous lisions, nous priions ensemble.
Je m’adonnai à mes études avec ferveur et dans un esprit de prière. Jamais M. Jeanmaire ne me donnait ses leçons sans avoir d’abord invoqué la bénédiction de Dieu. C’était un
Le Magny-Danigon — Le presbytère
homme érudit, mais d’une grande humilité et d’une inépuisable bonté, et sa femme était digne de lui. Ils étaient pour tous un père et une mère vénérés. Les mômiers les entouraient d’une grande aflection et ils leur en donnaient constamment des preuves touchantes. Cuisait-on le pain? Il y avait toujours la petite miche ou le gâteau grossier du pays pour Monsieur le pasteur. Les fruits mûrissaient-ils? On invitait la famille du pasteur à la picorée ou bien on lui