LES ÉTUDES AU MAGNY
elles sont bien moins pénibles, bien moins arides qu’elles ne l’étaient au commencement; j’en suis rempli de joie et j’en bénis le Seigneur.
« Pour le latin, chaque jour, en commençant ma leçon, je lis un psaume de David et c’est là mon plus doux exercice de traduction. J’ai traduit dans Cornélius Nepos la vie d’Annibal et celle de Caton. Je continue toujours à traduire dans le De Viris, mais seulement à temps perdu; pour lecture récréative, j’ai commencé Y Histoire de l’Eglise chrétienne, par Milner. »
Coillard termine en demandant au Comité l’autorisation d’aller, en quittant le Magny, avant son entrée dans l’établissement qui sera choisi pour lui, voir sa mère qu’il a quittée depuis deux ans : « Depuis lors, dit-il, il s’est passé bien des choses, concernant tant ma famille que moi-même. »
Le 3o août, c’est de nouveau M. Jeanmaire qui fait le rapport : « L’élève Coillard commence à comprendre, avec l’aide du dictionnaire, le texte original du Nouveau Testament ; nous avons analysé ensemble une partie de l’évangile de saint Luc et lu les épîtres de saint Jean. Pour le latin, nous suivons la même méthode; nous étudions Cicéron et nous lisons Tite-Live.
« Les jouissances qu’il a trouvées dans la lecture du Nouveau Testament ont fait naître en lui le désir de lire aussi l’Ancien. Il a, en conséquence, commencé l’hébreu ; mais, jusqu’à présent, il n’a consacré que peu de temps à cette étude.
« Il désirerait savoir, ajoute M. Jeanmaire, quelle est l’école que vous avez choisie pour lui et quelle sera l’époque où il devra s’y présenter. L’institut de Bàle paraît avoir pour lui quelque chose de très attrayant, depuis qu’il a fait la connaissance de quelques Suisses français qui étudient dans cet établissement. J’en ai parlé ces jours derniers avec M. le pasteur Jaquet qui approuve le désir de Coillard ». M. Jeanmaire termine en plaidant pour la Maison des Missions de Bâle.
Cependant le Comité de Paris (7 septembre 1 853) confirme sa décision de placer Coillard dans l’école préparatoire de théologie
F. COILLARD
F. COILLARD
<lc Batignolles ; s’il ne peut y être reçu, on prendra des informations sur un pensionnat à Nérac ; mais il n’est pins question de la Société des Missions de Bâle pour laquelle, à plusieurs reprises encore, Coillard manifesta de la sympathie.
« Persuadé, écrit Coillard le i3 septembre 1 853 à M. Grandpierre, que le Comité des Missions n’agit que dans un esprit de prière et de foi, et dans le désir de se conformer à la volonté sainte de Dieu, j’ai reçu sa dernière décision à mon égard comme venant directement du Seigneur. Désirant en tout me laisser guider par Celui qui, mieux que moi, sait ce qui m’est nécessaire, je n’ai pas le choix. Je renonce donc avec joie au désir que j’avais éprouvé de pouvoir me préparer dans une maison exclusivement missionnaire, avec quelques frères (lue, comme moi, le Seigneur appelle à porter le flambeau de l’Évangile aux pauvres païens.
« Je me rendrai à Paris dans le sentiment que le Seigneur m’y conduit et trop heureux d’être placé par ce bon Père sous votre direction paternelle et chrétienne. Le Seigneur a ainsi dirigé toutes choses. Je suis tout entier au service du Seigneur, car je lui appartiens, et je suis à la disposition du Comité de Paris sans aucun partage. »
Coillard terminait en renouvelant sa demande d’aller passer quelques semaines à Asnières.
Mais l’admission définitive de Coillard à Batignolles subit quelques retards : la Société des Missions dut adresser une demande à la Société centrale de laquelle dépendait l’école ; une commission, pour examiner s’il y avait moyen de recevoir un quatorzième élève, ne se réunit que le 12 octobre, et le i3, M. Grandpierre écrit à M. Jeanmaire « d’engager Coillard à se mettre en route tout de suite. J’aurais voulu, ajoute M. Grandpierre, qu’il pût visiter sa mère à Asnières avant de se rendre à Paris, mais il n’y a pas moyen ; les cours sont commencés depuis quinze jours