DÉPART DU MAGNY I 3 I
et, s’il tardait encore, il lui serait difficile de se mettre au courant. »
Le temps était arrivé où je devais enfin quitter ce cher pays de Montbéliard et toutes ses. associations, pour moi si sacrées. La Société centrale d’évangélisation, dont M. Grandpierre, le directeur de la défunte Maison des Missions1, était l’un des ardents promoteurs, venait d’ouvrir à Batignolles (Paris) une école préparatoire de théologie. On crut mes progrès en latin et en grec et même en hébreu — car j’avais commencé l’étude de l’hébreu — assez satisfaisants pour m’y admettre. Je pris donc congé de mes amis au Magny, à Chagey, à Glay et ailleurs, et, riche de l’affection paternelle et de la bénédiction des vénérés Jaquet, Berger et Jeanmaire, je partis pour Paris, le cœur gros, anxieux, et pourtant assuré que j’étais bien dans le chemin tracé par Dieu.
Coillard quitta le Magny le jour même où était arrivée la lettre de M. Grandpierre, soit le lundi 17 octobre. Il n’arriva à Paris que le vendredi matin 21 octobre et bien vite il éprouve le besoin d’écrire à M. et Mme Jeanmaire (3o octobre i853) :
« Permettez-moi de vous dire ce que je pense franchement, sans aucune flatterie. Je dis donc que la plus grande des grâces c’est que, dans sa grande bonté, le Seigneur ait bien voulu me placer pour quelque temps au milieu des frères du Magny et sous le toit hospitalier et chrétien de leur cher pasteur. La maison de Glay est ma maison paternelle; c’est là que je suis né et c’est là que le bon Dieu m’a nourri du lait spirituel, les premiers mois de mon enfance.
1. Coillard fait allusion au fait que, depuis 1848, la Maison des Missions ne recevait plus d’élèves. (Ed. F.)
F. COILLARD
Au Magny, il m’a fait trouver une nourriture plus fortifiante, et, en me faisant ainsi errer presque seul dans ce désert d’ici-bas, il m’a fait passer par des expériences que je n’avais point faites à Glay. A Glay, continuellement entouré des soins de frères, d’amis plus expérimentés que moi, je m’appuyais peut-être plus sur eux que sur le Seigneur ; au Magny, ne jouissant que par intervalles de l’intimité fraternelle, je sentis que je devais rechercher davantage la communion intime de mon Dieu. Et que d’heureux moments n’ai-je pas passés dans cette communion intime, seul dans mon petit cabinet!
« Je ne suis arrivé que le vendredi matin (21 octobre) entre 8 et 9 heures, à Batignolles, après avoir passé toute la nuit en voyage. J’étais passablement fatigué, et, pour cette raison, je saluai avec joie ma nouvelle station ici-bas, tandis que, pour d’autres motifs qui 11e vous sont point inconnus, je ne m’en approchai qu’avec crainte. Cependant je fus bien reçu par M. Boissonnas qui, en attendant midi, s’empressa de m’envoyer chez M. Grandpierre qui fut bien aise de mon arrivée. On m’attendait depuis plusieurs jours et déjà ces messieurs commençaient à s’étonner de mon silence. Je n’en suis pas fâché, ils m’ont bien fait attendre plus longtemps ! Pour me consoler, M. Boissonnas m’apprit d’abord que les cours 11’étaient pas commencés depuis quinze jours, mais depuis plusieurs semaines, et qu’il craignait beaucoup que je fusse trop en retard et incapable de me remettre au courant. Paroles bien peu rassurantes, je vous assure ! Je n’ai subi aucun examen, mais j’en subirai dans deux semaines avec mes condisciples, lorsque le Comité se réunira, et je devrai alors être au courant, je l’espère. Vous ne devez point oublier cependant que, des quatorze élèves, le pauvre Coillard est le plus ignorant et le plus grossier campagnard, ce n’est pas moi qui le dis!... Il nous est permis de sortir