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que je désirerais aller près de mes chers Patagons ou Nouveaux-Zélandais ! Plus j’y pense, plus je les aime !
Ah ! je l’ai entendue, je l’ai comprise, la voix de mon Sauveur, qui, comme autrefois à Lévi, m’a dit : « Suis-moi ! » Plus d’une fois j’ai exposé à mon Dieu, comme un invincible obstacle, ma profonde misère, mon incapacité sans bornes et sans pareilles ; mais il m’a répondu par ces paroles consolantes : « Ma grâce te suffit. » Alors, au sein de ma faiblesse, au fort de mon désespoir de moi-même, je me suis senti plus fort que jamais ; quand j’étais faible, c’est alors que j’étais fort et que je m’écriais avec Paul: « Je puis tout par Christ qui me fortifie! »
Ah ! quelle grâce, mon Dieu, quelle grâce m’as-lu accordée de m’appeler à devenir ouvrier dans ta moisson, ouvrier dans la mission. Je ne désire plus rien, mon Dieu, sinon que me dévouer tout entier et sans aucune réserve pour toi. Et la plus grande grâce que je te puisse demander est de m’envoyer là où tes missionnaires n’ont pu encore aller, là où ces frères, que j’aime parce que je t’aime, marchent loin de toi ne te connaissant pas ! Mon Dieu, les pays te sont connus, et qu’ai-je besoin de te nommer la Patagonie, la Nouvelle-Zélande ? Ah ! si tu as préparé là ma petite place, tous mes vœux sont accomplis et ce qui me reste à te demander, ô mon cher Père, c’est la fidélité, l’amour, la foi ; c’est que toi-même tu me prépares, et que tu prépares aussi mon futur champ de travail.
Lundi /y avril i854. — Aujourd’hui je m’occupe fort de l’examen qui doit avoir lieu demain. Je doute beaucoup de moi-même. J’ai beaucoup travaillé ces derniers temps, je crains de ne pas être prêt. Je ne voudrais pas cependant faire de la peine à ces messieurs. Mon Dieu ! tant de fois j’ai crié à toi et toujours, dans ton amour, tu m’as exaucé. Oh! daigne, daigne encore me venir en aide, je t’en supplie.
F. COILLARD
F. COILLA.KD
C’est pour ta gloire, Seigneur ! Si toutefois tu juges à propos de m’humilier, cependant, Seigneur, ne permets pas que mes bienfaiteurs le soient pour moi.
Mardi 18 avril. — Dieu soit à jamais loué ! je viens de passer un assez bon examen. J’en suis bien heureux, non seulement pour moi, mais surtout pour JM. Grandpierre.
Lundi 2/i avril. — Je me suis occupé toute l’après-midi à lire les Mémoires de M. A. Bost1 et je ne puis que m’écrier avec vérité : « Comme dans l’eau le visage répond au visage, ainsi le cœur de l’homme répond au cœur de l’homme ! » Ce cher M. Bost ! 11 m’est doublement cher depuis que je le connais par son ouvrage. Le Seigneur m’a fait comme lui marcher dans un chemin de douleur. Oh ! s’il te plaisait aussi, mon bon Père, d’accomplir ton œuvre en moi comme tu l’accomplis en M. Bost! Oui, rends-moi plus chrétien et je serai par cela même plus missionnaire! On dirait que mes combats intérieurs sont calqués sur ceux de M. Bost. Seigneur, fortifie-moi !
Mercredi 26 avril. — Il y a deux hommes à Paris que j’aime au delà de toute expression : M. Ami Bost et M. IIocart.
Jeudi 2 j avril. — Depuis que j’ai lu les Archives du Méthodisme, il se passe quelque chose de bien singulier en moi. D’abord, j’éprouvais quelque peu de répugnance pour le méthodisme que je considérais comme une secte ; maintenant, chose étrange, je m’y sens attiré. Un examen est nécessaire. D’abord j’ai toujours été très et peut-être trop large dans mes opinions à l’égard des différents partis de l’Église ; je sympathise avec les nationaux, les wesleyens méthodistes, les moraves, les darbystes, en tout ce que je
1. Mémoires pouvant servir à l’histoire du réveil religieux. Paris, in-8, trois volumes, dont les deux premiers parurent en 1 854 et Ie troisième en 1 855. (Ed. F.)
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crois conforme à la sainte Parole de Dieu. Certainement, dans ces petites fractions de l’ Église il y a plus de vie, bien plus que dans notre vieille église nationale, où les formes et le rationalisme ont peu à peu pris la place de la vie.
Cela s’explique, puisque ce sont des chrétiens qui, par motifs de conscience, sentent le besoin de s’unir; aussi, de tout temps, je me suis senti attiré à eux. Pourrais-je oublier les heureux moments que j’ai passés avec quelques frères darbystes? Malheureusement je connais peu les frères moraves. Je ne connais les méthodistes que depuis que je suis à Paris.
D’un autre côté, j’ai aussi éprouvé la même ou, du moins, à peu près la même édification à l’église nationale. Devrais-je donc quitter cette église pour entrer dans ces communautés-là? C’est une question de dissidence, mais je ne la puis résoudre maintenant, le Seigneur ne m’a point éclairé à cet égard. Je comprends combien il serait désirable que l’Eglise fût indépendante de l’Etat, mais serait-ce ce qui la rendrait orthodoxe et vivante? Je ne le crois pas. Aujourd’hui l’église établie deviendrait indépendante, les dissidents seraient encore dissidents; un acte semblable ne changerait ni les cœurs d’un côté, ni les sentiments séparatistes de l’autre. De tous les dissidents, les darbystes sont ceux avec lesquels je pourrais le moins m’accorder, parce que, tout d’abord, je hais l’esprit de parti qui les anime en général; puis je ne crois pas avec eux qu’une fois converti, je n’ai plus à déplorer ma misère, que le diable ne peut rien contre mon salut, et que je n’ai qu’à me réjouir en considérant la gloire qui m’attend, et je ne crois pas qu’il nous appartient, à nous, de nous dire, au détriment de nos frères, rois et sacrificateurs.
Pour moi, chaque fois que je me présente devant mon Dieu, je dois déplorer ma misère, m’humilier devant lui et
implorer son pardon. Mon passage ici-bas est abreuvé de larmes et de sang, aflligé et torturé par le péché qui, comme la lèpre, couvre tout mon cœur. Ah ! si je demande à mon Dieu une place dans son ciel, je serai trop heureux qu’il veuille bien m’accorder la toute dernière et, de ce bienfait immense, mon âme l’en bénira toute l’éternité !
Les moraves ne sont point dissidents et c’est ce qui longtemps m’a attiré vers eux. Et les méthodistes, qu’estce qui m’attire à eux? Leur société, si, en pratique comme en théorie, elle est une véritable société non une église, leur organisation admirable quoique un peu compliquée, leurs réunions d’expériences, et surtout, surtout peut-être, M. Hocart !
Vendredi 28 avril. — L’assemblée des Missions, hier, a été vraiment pour moi une grande fête. Elle avait lieu à une heure. Il y avait beaucoup de monde. M. G. Monod, disant qu’il avait le cœur un peu mahométan, a plaidé avec feu la cause des Turcs : « Il faut y envoyer un missionnaire, » a-t-il dit, et je répondais intérieurement : Moi, moi, j’irai l’année prochaine, soldat peut-être1! Pendant que je tenais la bourse, j’eus le bonheur de parler à Mme André-NValther : « Voilà, me dit-elle avec affection, le missionnaire qu’on enverra en Turquie! » — A la volonté du Seigneur!
Samedi 2g avril. — J’ai assisté à la Société de l’Instruction primaire. Nous y allions en grande partie pour entendre M. Guizot, petit grand homme, d’un aspect de moine, c’està-dire d’une mine sérieuse et sévère, assez désagréable à entendre. Parmi les orateurs, M. A. Bost et M. Grandpierre m’ont fait plaisir.
Oratoire, 7 mai i854, école du dimanche. — U y a soixante ans, dit M. Montandon, qu’on ne pouvait en France