PROJETS DE VACANCES
la conversation et ne le désirais pas. Heureusement que mon ami faisait tous les frais. Enfin, on voulut m’introduire dans la conversation : « Monsieur, me dit cette dame, votre pays est légitimiste ou...? » je ne sais quel nom baroque. Ne sachant que répondre pour parler en vérité : « Vraiment Madame, lui dis-je, je ne m’occupe point de politique. » Un peu confuse, elle me réitéra sa question et je lui répondis alors par un franc : <c Je ne sais pas! » Je ne voudrais pas avoir de telles gens comme amis ; certes, j’aimerais mieux rester mille ans ignoré dans Paris.
Les vacances m’occupent. Je terminais la semaine avec une résolution de ne plus écrire de lettres. On ne peut écrire sans adopter un langage en vogue maintenant dans le monde chrétien; on y est contraint et je voudrais que cela n’existât pas. D’ailleurs, je ne crois pas que mes lettres fassent du bien, précisément parce qu’elles sont chrétiennes, pour ainsi dire. Je me souviendrai toujours de l’impression que j’ai reçue d’une lettre de Mme Pillivuyt. Elle ne jasait pas sur le christianisme, mais on sentait que sa plume était comme trempée dans la foi et que son cœur était plein d’un tendre amour pour son Sauveur. Quelle différence avec un jeune chrétien qui s’épuise pour dire du nouveau, tout en rabâchant toujours la même chose ! On peut bien dire ce que Fénelon disait de certain prédicateur, que, « pendant qu’il sue devant nous, nous sommes froids. »
Mardi ier août i854 • — « Mon désir tend à déloger pour être avec Christ, ce qui m’est beaucoup meilleur; car Christ est ma vie et la mort m’est un gain! ’Ejjlo'i y àp xo Çyjv Xp'.o-xé^ xal -o flbuoOaveïv xspSoç. Pour moi, vivre c’est Christ et mourir m’est un gain. » (Phil. i, 21.)
Coillard n’avait jamais oublié ni Asnières, ni sa parenté, ni le pasteur E. Filhol, qui avait succédé à M. Guiral; il priait pour
que l’Evangile pénétrât de vie ce milieu. Le 17 mai, à Paris, il avait rencontré une dame qui avait passé une ou deux semaines « dans son cher Asnières » et il s’écrie : « Quelle heureuse nouvelle ! Dimanche dernier, quatorze jeunes gens réunis près de M. Filhol, quatorze! c’est inouï. Oh! que le Seigneur est bon. Il n’a pas rejeté mes faibles prières et, puisqu’il a déjà commencé, il les exaucera. L’église d’Asnières se réveillera enfin; oui, par ton souffle, Seigneur, l'église d’Asnières, que je porte sur mon cœur, se réveillera. »
Il envoie à M. Filhol un plan d’organisation d’école du dimanche pour Asnières, plan dans lequel les quatorze jeunes gens trouveraient leur place; ce serait « un moyen de les intéresser et de les faire avancer. » M. Filhol lui répond : « L’école du dimanche que nous avons, va aussi mal que possible ou plutôt 11e va pas du tout. Nous pourrons peut-être commencer quand vous serez ici, et l’habitude que vous avez de la chose vous en rendra la mise en train plus facile. »
Coillard désirait retourner à Asnières, voir sa mère, réveiller les siens, leur faire part de ce qu’il avait reçu depuis son départ, en i85i. Mais ce désir ne va pas sans quelques appréhensions et c’était naturel : il avait quitté Asnières enfant, il y revenait ayant atteint, moralement comme physiquement, la stature « d’homme fait » (Éphés. iv, i3) et il avait un témoignage à rendre.
2 4 juin i85j. — Je bâtis pour les vacances châteaux en Espagne sur châteaux en Espagne. Je désire beaucoup m'occuper activement de l’école du dimanche, mais... je suis si ignorant.
iet juillet i854 • — J’espère aller en vacances mais je redoute ce temps ; je l’approche d’une main, je l’éloigne de l’autre. Dans les lettres que j’ai écrites à mes parents, j’ai toujours sermonné, pour ainsi dire; ils doivent donc me croire un chrétien bien vivant, bien bouillant, puisque je ne peux leur écrire sans leur publier le salut. Que penseront-ils en me voyant si timide, si froid, si peu empressé à