‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 68 sur 138 · PROJETS DE VACANCES · texte numérisé non relu

PROJETS DE VACANCES

servir à la gloire de mon Dieu? Une autre crainte, c’est de savoir comment je m’occuperai de cette école du dimanche dont me parle M. Filhol.

8 juillet. — Je ne sais vraiment ce qui me trouble en pensant aux vacances. Je voudrais n’y pas penser, mais je ne puis faire autrement. Je tremble! Vraiment, irais-je à Asnières pour y causer du scandale et rien de plus? O mon Dieu, je désirerais être humble et je suis si orgueilleux ! Me voilà, moi, ce beau Coillard, ce saint qui n’ai pu faire autrement que d’envoyer dans chacune de mes lettres à mes parents des sermons, j’irai chez nous, timide, orgueilleux, et que sais-je encore? O mon Dieu, je t’en supplie, change mon cœur! convertis-moi! Achève ton œuvre! Amen, oui, amen.

i3 juillet. — - O ma bonne maman, combien je vous aime! Les vacances m’occupent beaucoup. Je rêve, même au milieu du jour, au grand bonheur que nous aurons à nous rejoindre. Le io août est bien loin encore et pourtant je ne désire pas le rapprocher, car je ne vais à Asnières qu’en tremblant. Et vous, maman, combien vous pensez à moi, je suis sûr. Bientôt nous nous verrons.

Samedi 5 août i85j. — Encore Batignolles! On peut croire que je pense aux vacances! Un, deux jours... et je pars! Un, deux, trois, quatre, cinq ou six jours et je vais pleurer sur le sein maternel !

Mais que je suis mal préparé pour cet examen ! Je n’ose prier Dieu de me venir en aide ! Peut-être que si j’avais travaillé davantage!... Mais enfin...

Après avoir subi un examen, dont il ne nous dit rien, Coillard part, le 9 août, pour Asnières et, après s’être arrêté à Orléans pour voir un de ses frères et à La Ferté-Imbault pour revoir ses anciens maîtres, il arrive à Asnières où il se lance de suite dans

l’activité : entretiens intimes, pressants et souvent douloureux avec les siens, école du dimanche, réunions de jeunes gens, leçons de chant, et tout cela, tandis que la maladie fait son siège en lui et le mine.

i3 août i854 • — Le bonheur se comprend mieux qu’il ne s’exprime!

Jeudi /y août. — Il faut enfin que je dise combien je suis heureux; mais je suis muet, les expressions me manquent. Hier, j’ai eu avec ma mère et ma sœur Catherine une conversation de deux heures au moins et sur le sujet principal. Mais combien peu je suis compris! Moi-même je me relâche. Je croyais méditer la Parole, mais je la néglige; j’espère bien qu’après que la moisson sera finie, je serai plus tranquille.

Dimanche 20 août. — Je dois le dire à la louange de mon Dieu, j’ai jusqu’ici moins eu à souffrir de l’orgueil que je ne le craignais. J’ai tant prié pour cela! Dieu in’a entendu. Oh ! puisse-t-il m’entendre pour ma mère !

Dimanche 2 7 août. — Mon bon Père, 0I1 ! combien je te remercie du plus profond de tout mon cœur de ce que tu daignes entendre mes soupirs! Oh! je t’ai prié pour cette chère mère que j’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup; oh! fais, fais toi-même, toi le Convertisseur des âmes, fais ton œuvre dans ce vieux cœur protestant, dans ce cœur endurci. Agis, agis, ô mon Sauveur, c’est ton affaire. La mienne est de prier, la tienne est d’exaucer! O Dieu, que je voudrais lutter avec toi, comme Jacob, par la foi. Mais misérable que je suis! Mais pourtant... ! Enfin, j’en ai la foi, tu veux exaucer et agir, j’en ai la conviction intime. Ainsi, oh ! qu’ainsi soit-il, mon bon Père !

Lundi 28 août. — Jamais de ma vie je 11’ai été si ému qu’hier à l’école du dimanche. J’ai prié avec une ferveur,

VACANCES A ASNIERES

une abondance qui m’a surpris; mais ce n’est pas moi, c’est l’Esprit de Dieu.

Je sanglotais. Immédiatement après, j’ai dû prendre ma mère à part pour donner essor aux sentiments qui m’oppressaient. Je lui ai parlé avec conviction et franchise. Je l’ai aftligée. Pauvre mère !

Jeudi 3i août. — Ali ! mon Dieu, jusques à quand!...

Asnières — L’Aujonnière ; au fond, à droite de la mare, l’école

Que je suis fatigué de la vie ! Je voulais aller me coucher, mais j’avais bien faim et bien soif. J’ouvre ma Bible : psaume lxxx. Oh chère Bible, mon trésor! Mon Dieu, pense à cette vigne dévastée, je t’en prie!

Dimanche 3 septembre i854 • — Singulière journée ! J’ai fait l’explication générale à l’école du dimanche. Ça a été assez bien. Puis, au culte de l’après-midi, j’ai fait quelques réflexions sur Luc xv, l’enfant prodigue. J’étais mécontent de moi-même. Puis leçon de chant avec les jeunes filles et réunion intéressante avec les garçons jusqu’au soleil couché.

Je ne puis pas dire que je suis plus vivant. Je puis mieux prier à haute voix, mais...

J’ai causé avec M. Filhol qui est revenu de Foëcy. II m’a reproché de manquer de hardiesse pour parler aux pauvres pécheurs et c’est bien vrai.

Je me couche heureux et content.

Mardi 12 septembre. — J’ai beaucoup souffert et je souffre encore beaucoup de la tête. Je suis indisposé. Oh! que je voudrais mourir, et surtout ici !

Mercredi i3 septembre. — Oh ! que je suis heureux ! Douce mélancolie ! Que je serais heureux de mourir en ce moment pour aller vers mon Dieu! et pourtant... mon passage sur la terre serait inutile.

Jeudi id septembre1. — Je suis souffrant, mais heureux, oui, bien heureux. « O mort, où est ton aiguillon, ô sépulcre, où est ta victoire? » Grâce au Seigneur Jésus-Christ qui, par sa mort expiatoire, m’a délivré de la puissance du diable! Pour moi, vivre c’est Christ et mourir m’est un gain !

Tout mon désir Est de partir

Pour m’en aller vers mon Sauveur...

Non, non, ce n’est pas mourir que d’aller vers son Dieu, que...

Mardi ig septembre, soir. — Je suis toujours malade, mais toujours heureux. Grâces à Dieu ! Hier j’ai passé une journée bien douloureuse, c’est tout au plus si j’ai pu penser à mon Dieu Sauveur.

Ah! que ferai-je à l’agonie? Je crois que j’ai divagué et battu la campagne. M. Filhol et Mme Viénot m’ont prodigué mille et mille soins. J’ai encore été bien malade aujourd’hui, mais sans garder le lit.

. Ce jour-là l'écriture est absolument changée. (Ed. F.)

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