‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 69 sur 138 · AUX PORTES DU TOMBEAU · texte numérisé non relu

AUX PORTES DU TOMBEAU

Le 23 septembre, la fièvre typhoïde se déclarait avec symptômes alarmants. M. et Mm* Frédéric Yiénot, qui aimaient Coillard pour lequel ils avaient eu mille bontés, faisant abstraction de leur nombreuse famille, prirent le malade chez eux, dans la maison d’école, et l’installèrent dans la chambre de leur fils Charles z. « C’est dans de pareils moments, écrit M. Viénot, qu’on regrette de ne pas être favorisé des biens de ce monde... Mais, je prends l’engagement devant Dieu, que Coillard ne manquera de rien. Il a déjà une bonne chambre, un bon lit. »

Le 27 septembre au matin, M. Viénot écrit : « La nuit a été meilleure que l’on ne pouvait supposer, à part la défaillance (qui n’a pas eu d’autre suite) de mon fils Charles qui, vers minuit, est tombé raide au moment où il devait appliquer un cataplasme. Le malade est dans une grande faiblesse. Le cerveau est libre et le malade a toute sa présence d’esprit. Le pauvre Coillard est préoccupé par les dépenses qu’occasionne sa maladie, il voudrait n’être à charge à personne. Pauvre ami ! Il est tout à Glay et àla Société qui l’a soutenu jusqu’ici. Crainte de nous être trop à charge, il voulait qu’on l’emportât chez une de ses sœurs; mais, sur l’avis du médecin et après quelques paroles fraternelles de notre part, il a consenti, avec le sourire sur les lèvres, à rester dans sa chambre.

« Soir. — Le médecin est arrivé, il a quelque espoir. »

Le i5 octobre, le mieux se déclara et, une semaine après, Coillard était hors de danger; la fièvre avait presque complètement disparu .

Mais alors, sa mère tombait gravement malade ; la mère suivit son fils dans une convalescence rapide et le 3 novembre, Coillard quittait la famille Viénot dont les soins attentifs et dévoués l’avaient arraché à la mort. Il reprenait son journal.

7 novembre i854 • — Si seulement j’avais pu continuer mon journal pendant ma maladie! mais... Je me suis mis au lit un samedi, dans les dispositions les plus heureuses; je

1. Né le 4 mai i83<j, instituteur puis missionnaire à Tahiti, où il mourut le 1 1 juin iqo3. (Ed. F.)

F. COILLARD

m’étais persuadé que je ne me relèverais que pour me faire porter à la Chaume Et que je trouvais de douceur dans cette pensée! Mourir! Mourir! Et mourir à Asnières ! Quelle douce pensée! Quel bonheur! Eh bien, Dieu ne l’a pas voulu ! Que sa volonté se fasse !

J’attendais la mort, la mort ne vint pas; lorsqu’elle se présenta, déjà je ne l’attendais plus! Au plus fort de ma maladie, lorsque tous mes parents et mes amis se désolaient de me voir, pour ainsi dire, à l’agonie, aux portes du tombeau, pour moi je 11’avais d’autre occupation que de m’entretenir avec mon Dieu. Jamais je n’ai été si calme et si heureux, si parfaitement heureux! O doux, doux moment! Qui peut en comprendre la douceur?

(. Autobiographie .) — Mes condisciples de l’Ecole préparatoire trouvèrent à la rentrée ma place vide. Ils imaginèrent d’égayer les longues journées de ma convalescence en m’envoyant chaque semaine ce qu’ils appelaient La Gazette de V Ecole préparatoire , où chacun avait son petit article : celui-ci faisait les faits divers, celui-là s’occupait de critique, cet autre étudiait une des questions qui nous intéressaient spécialement; un autre y insérait un sonnet. Aussi, cordiale et joyeuse fut la bienvenue qui me fut faite quand je rentrai parmi eux (décembre 1 854)*

Mais un nuage montait à l’horizon. C’était au temps de la guerre de Crimée; je devais passer à la conscription, rien ne m’exemptait du service. J’étais bien fils de veuve, mais le plus jeune de tous mes frères. Et, au cas où je tirerais ce que l’on est convenu d’appeler un mauvais numéro — et en ce temps de guerre, les bons numéros étaient fort rares — sept ans de service militaire m’étaient réservés et adieu la carrière missionnaire! J’étais trop sûr de ma vocation pour

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