‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 70 sur 138 · RETOUR A PARIS LA CONSCRIPTION I · texte numérisé non relu

RETOUR A PARIS LA CONSCRIPTION I

ne pas l’abandonner entièrement aux soins de Dieu. J’attendais donc tranquille et confiant. Mais MM. Boissonnas et Grandpierre, dans leur sollicitude pour moi, pensaient que la prudence humaine n’est pas, en circonstances critiques, un manque de foi. Ils crurent qu’il y avait quelque chose à faire, et à faire promptement, car le qouvernement hâtait le

Asnières — L’école

recrutement annuel. Il s’agissait de m’envoyer à Strasbourg et de me faire admettre comme étudiant régulier à la faculté de théologie, ce qui me protégeait contre le service militaire. Ne pouvant rassembler le Comité dans cette saison, M. Grandpierre m’envoya, muni d’une lettre, auprès du président de la Société, M. le comte Jules Delaborde. Je ne l’avais jamais encore vu. Je me rendis à son hôtel ; un domestique en livrée, après m’avoir toisé de la tête aux pieds, m’introduisit dans un vaste salon. M. Delaborde me reçut

F. COILLARD

avec amabilité et debout, lut la lettre et écouta mon histoire; puis il me dit : « Je ne puis pas approuver votre projet. Ce n’est pas un malheur d’être soldat. Regardez, dit-il en me montrant une série de tableaux, ces portraits sont ceux de mes ancêtres, ils ont été des soldats. A l’armée vous pouvez être missionnaire aussi bien que chez les païens. » Puis, ouvrant la porte, il me congédia poliment.

Le cœur gros, je n’eus pas le courage d’aller frapper à la porte d’autres membres du Comité.

Je me rendis tout droit chez M. Adolphe Monod (24 décembre), qui me reçut avec une bonté toute paternelle. Dès qu’il eut appris l’objet de ma visite, il me dit : cc Mon ami, vous n’avez pas de temps à perdre. Je prends toute la responsabilité de vos démarches, voici de quoi payer votre voyage, partez aujourd’hui même pour Strasbourg par le train de 8 heures. Nous vous enverrons, M. Grandpierre et moi, des lettres de recommandation pour les professeurs et des amis chrétiens. »

MM. Grandpierre et Boissonnas, réjouis de l’initiative qu’avait prise ce digne M. Adolphe Monod, me donnèrent leurs instructions, je fis ma malle.

A peine arrivé à Strasbourg, Coillard écrit à ses amis du Magny (28 décembre 1 854)? pour leur raconter son voyage :

cc Je partis le jour de Noël, à 8 heures du soir, heureux, sans aucune inquiétude, et vous eussiez bien ri avec moi en voyant MM. les élèves de l’école me conduisant à la voiture, tous demi-joyeux, courant à qui mieux mieux, se chicanant pour porter mes affaires et arrêtant les curieux.

« Mais pourtant, en arrivant à Strasbourg, la difficulté n’était pas anéantie. Muni de lettres de recommandation, je me rendis en toute hâte, le même jour, chez un homme que

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